Les Actes de Culture of life

L'ONU et les nouveaux droits de l'Homme.

Mgr Michel ShooyansAutorité et pouvoir dans l'Etat. Jean de Codt

La contribution de la famille au développement économique. Jean-Didier Lecaillon

Mon corps, ma vie, mon choix.Quels enjeux pour ma sexualité.Carine Brochier

Paternité et maternité au XXIe siècle. Mme Vollmer

Théorie du Gender. Anne-Marie Libert
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# Posté le mercredi 25 février 2009 09:16

Modifié le jeudi 26 février 2009 05:03

Présentation de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948) (DUDH) Mgr Schooyans

Université d'été
Culture of Life
Louvain-la-Neuve, 8-11 septembre 2008

Communication par Michel Schooyans
Professeur émérite à l'Université catholique de Louvain

L'ONU et les « Nouveaux Droits de l'Homme »


1. Présentation de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948) (DUDH)

Histoire :
Cette DUDH est précédée par des documents célèbres dont : la Déclaration d'Indépendance des USA : 1776 ; la Constitution des USA : 1787 ; la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen : 1789.

Fondation de l'ONU
Deux références à retenir : la Charte de San Francisco: 1945; et la DUDH1948

Origine prochaine de la DUDH
Leçons de la guerre : comment prévenir de tels malheures ?
Fonder nouvel ordre mondial, précisément sur les DH. Large adhésion progressive de l'immense majorité des Nations.




Contenu :
Droit de tout individu à la vie ; égale dignité des êtres humains ; extension universelle des DH ; droit à la liberté, à fonder une famille, à la propriété, au travail, à l'habitat. Bref : droits civils et politiques, économiques, sociaux et culturels.
Reconnaissance : on s'incline devant un fait, on le reconnaît : tous les hommes ont les mêmes droits fondamentaux. Ces droits, on les déclare, on les proclame. C'est ce qu'on appelle la conception réaliste des DH. On n'invente rie ; on constate une réalité.

Limites :
Un des rédacteurs aurait commenté la DUDH en disant : « Ne nous demandez pas pourquoi » nous déclarons ces droits. » Il est vrai qu'une déclaration n'est pas un traité d'anthropologie philosophique. Plus surprenante est l'absence de référence à Dieu, à la différence des autres grandes déclarations.

Malgré ces réserves, le document a de grands mérites :
Au nom de la référence aux droits proclamés :
C'est un document réaliste : il reconnaît la réalité objective de chaque homme. C'est un document moral : les DH existent avant les législations qui les énoncent.
La protection juridique des individus est traduite progressivement dans les législations des États signataires, qui restent souverains.
La DUDH inspire la lutte contre les régimes totalitaires persistants. Elle reconnaît le respect dû aux nations souveraines. Elle fournit des arguments à la décolonisation. Elle fonde de façon originale les Relations internationales. Elle assure une paix relative, en particulier en Europe.
Donc : bilan franchement positif
Je voudrais vous montrer maintenant comment

2. La DUDH est désactivée

Apparition de « nouveaux droits de l'homme » (NDH)
On voit apparaître de « NDH » comme : le contrôle de la transmission de la vie, la manipulation d'êtres humains, l'avortement, l'eugénisme, l'euthanasie, de nouveaux modèles de mariage et de familles, des unions homosexuelles, droit à la maternité sans risque, à la sélection du sexe, à la santé publique, etc. La liste est loin d'être exhaustive et s'étoffe de plus en plus.

Invocation du consensus :
Les « nouveaux droits » sont issus de négociations dans des Assemblées internationales, de l'ONU ou de l'Union Européenne. Il n'y a plus de reconnaissance de la dignité intrinsèque de tout être humain proclamée en 1948. Il y a une procédure qui aboutit à un accord exprimant la décision de la majorité. Cette décision est cependant toujours re-discutable, re-négociable, car elle n'a aucun fondement dans une vérité qui s'imposerait à la reconnaissance de tous. L'idée de justice est vidée de tout contenu. Il n'est plus question de « donner à chacun ce qui lui est dû » ; la justice est le produit d'une décision volontaire, pur compromis de la pluralité des volontés, qui tournent sur elles-mêmes sans avoir à s'aligner sur des critères objectifs qui s'imposeraient à elles. Le consensus apparaît ainsi comme la conséquence du relativisme anthropologique et moral.
Concrètement, on est en présence de l'enchaînement suivant : on débat, un consensus se dégage ; il s'exprime à la majorité ; les divergences sont gommées, les positions minoritaires sont occultées ; le consensus est traduit dans un instrument juridique ou diplomatique: recommandations, conventions (contraignantes), traités, pactes, protocoles, ratifications par les États, etc. Ces documents sont alors présentés comme ayant force de lois dans les États qui ont adhéré à la procédure consensuelle. Nous voici donc en présence d'une illustration de la tactique du salami : tranche par tranche, on concède ce qu'on ne concéderait jamais en bloc.

Nouvelle conception du droit
Le recours désormais généralisé au consensus transforme radicalement la conception du Droit telle qu'elle est conçue dans la DUDH et dans les grandes déclarations antérieures. Désormais la règle juridique --énoncée dans la loi, la convention, les règlements, etc.-- procède de la libre volonté du législateur, que celui-ci soit une personne physique ou une assemblée.
A l'époque contemporaine, le grand théoricien de cette conception du Droit fut Kelsen (1881-1973). Pour lui, même dans l'URSS de Staline, il y avait État de Droit, puisqu'il y avait des lois. Cette conception voue le Droit à légitimer n'importe quelle pratique . « Le devoir, c'est le devoir, et il faut obéir aux ordres. » Ce que veut le législateur est juste par définition, indépendamment du contenu matériel de la libre décision de celui-ci. Les « nouveaux droits de l'homme » n'ont aucun rapport avec une vérité quelconque ; ils résultent de négociations ; ils sont marchandés, comme on marchande en droit commercial.

La souveraineté des États : hypothéquée.
L'ONU de 1945 et de 1948 est conçue comme une assemblée d'États souverains, même si les membres permanents du Conseil de Sécurité ont un poids de fait et de droit plus grand que les autres. Désormais l'ONU ne se pose plus comme une assemblée d'États souverains. Elle se pose en source de la norme suprême du droit international, plus précisément supranational. Le droit des États doit être validé par le droit international. De même, selon un exemple de Kelsen lui-même, les normes particulières concernant les esclaves ou la famille tirent leur validité de l'ordre juridique étatique qui, lui-même, tire sa validité de l'ordre juridique international. Ce système juridique pyramidal prive les États particuliers de leur souveraineté et de leur autonomie en matière juridique. Elle conduit à l'abolition de la représentation. La subsidiarité est inversée, comme elle l'est dans l'Union Européenne. Les grandes décisions doivent être prises au plus haut niveau, c'est-à-dire au niveau supranational, concrètement l'ONU. Le gouvernement du monde, la gouvernance mondiale –un des visages de la globalisation ou du « nouvel ordre mondial »—abandonne aux instances étatiques d'énoncer les normes de rang inférieur. En dernière analyse, celles-ci tirent cependant leur validité exclusivement de la norme suprême.

Détournement de sens :
Un autre moyen utilisé pour faire passer de « nouveaux droits » consiste à détourner le sens des mots. Le sens des mots ne dépend plus des réalités que ces mots désignent. Ce sens dépend des décisions prises consensuellement. Le mot famille, par exemple, devient polymorphe, polysémique ; les cas échéant, il peut désigner l'union de l'homme et de la femme, mais il peut désormais aussi désigner des unions de personnes du même sexe, des foyers monoparentaux ; on commence même à parler de familles polygames. Autres exemples : le « droit » à l'avortement, mis en avant par l'OMS ou le FNUAP ; le « droit » à la maternité sans risque, à la santé publique, c'est-à-dire à la santé du corps social, à l'euthanasie par compassion ou par nécessité économique, etc.

Contestation de la DUDH par le holisme :
Le mot holisme vient du grec « holos », qui signifie le tout, l'ensemble, l'univers. L'homme est une simple parcelle du Grand Tout, de l'Univers matériel. Il n'occupe pas de place spéciale dans la nature. On abandonne donc l'anthropocentrisme, traditionnel dans l'histoire politique et juridique de l'Occident. L'homme doit accepter de reconnaître qu'il est le simple produit, parmi d'autres, d'une évolution purement matérielle. Il doit se soumettre à la Terre Mère, à Mère Gaïa. Cet écologisme radical est fortement inspiré par le New Age.

La promotion des «NDH»
Nous l'avons analysée dans plusieurs ouvrages.
Cette promotion se prépare dans des réunions de l'ONU et de ses agences : FNUAP, UNICEF, OMS, etc. Elle se prépare aussi avec la collaboration d'ONG innombrables, comme l'IPPF, ou Equality Now (Soros) ; ainsi qu'avec des lobbies, comme l'Open Society Institute (Soros).
Elle se traduit dans des documents programmatiques comme la Déclaration des défenseurs des « nouveaux droits », le Code universel de conduite ; l'Initiative des religions unies ; l'Éthique planétaire ; la Charte de la Terre, ainsi qu'un projet de réécrire la Bible et le Décalogue
Elle s'applique dans des institutions telles que la Commission sur la gouvernementabilité mondiale, la Cour pénale internationale, la Commission des Droits de l'homme, dont les pouvoirs croissent régulièrement et dont le nouveau Haut Commissaire est Navi Pillay (août 2008).


3. Discussion

Liberté individuelle et tyrannie collective
Nous avons énuméré quelques-uns des « NDH » que l'on veut faire passer. Tous ces « NDH » sont présentés comme des conquêtes de la liberté des individus. Chacun est supposé décider librement ce qui est bon ou mauvais pour lui. Chacun est libre de choisir : c'est le triomphe du Free choice, cher au sénateur Joseph Biden. Il n'y a pas de limite à la liberté des individus. Il est impossible à l'homme de régler son action sur un bien ou sur une vérité qui s'imposeraient à lui. Scepticisme oblige : il n'y a ni bien ni vérité qui nous soient accessibles ; seuls comptent l'utilité et le plaisir. Dès lors, l'homme est inévitablement un loup pour son semblable , car la liberté de l'un finit toujours par se mesurer à la liberté de l'autre. Cependant, pour que la société ne sombre pas dans l'anarchie et la violence, pour réglementer la « guerre de tous contre tous », il faut une instance suprême qui ait comme mission de dire la norme, de dire la loi, de dire ce qui est juste.
En un premier temps, les « NDH » sont donc flatteurs pour les individus, mais ils finissent vite par se retourner contre eux. Paradoxalement, la revendication, par les individus, de « NDH » ne peut être satisfaite qu'au prix de l'instauration d'un pouvoir absolument souverain qui imposera les « NDH » émanant de ses décisions à lui et d'elles seules. Ce pouvoir absolument souverain pourra, par exemple, définir des normes portant sur la quantité et la qualité des individus.
Le grand philosophe politique anglais, Thomas Hobbes (1588-1679), avait déjà montré qu'au nom de la liberté, on en arrive à instaurer un dieu mortel et tyrannique. La logique du positivisme juridique implique que les droits exigés par les individus au nom de leur liberté soient validés par l'État, et que les droits définis par l'État soient validés par le centre de pouvoir suprême. Les États sont ainsi privés de leur autonomie ; les parlementaires perdent toute représentativité ; les juges, leur indépendance et leurs compétences. Cette conception du droit gangrène toutes les institutions juridiques, toutes les structures politiques, que ce soit au niveau des régions, des nations, de l'UE ou de l'ONU.

Il faudrait quand même regarder ce qu'enseignent l'observation et l'expérience.

L'expérience enseigne
De multiples constatations objectives révèlent les échecs dramatiques de cette conception des DH. On le voit, par exemple, au niveau des États. Ceux-ci créent des problèmes plus graves que ceux qu'ils prétendaient résoudre par des mesures flattant les individus. Exemple étudié par Claude Martin: l'État facilite de plus en plus le divorce, mais, ce faisant, il rejette le moins favorisé des partenaires dans la précarisation et dans la dépendance vis-à-vis de l'État-Providence.
Mais il faut citer d'autres exemples. En voici quelques-uns. Ce sont les sciences biomédicales qui nous apprennent que l'hormonisation n'est pas bonne pour les femmes. Nombreuses sont les militantes féministes qui se demandent si elles ne sont pas devenues objets de consommation sexuelle. C'est le prestigieux Institut National d'Études Démographiques (INED, Paris) qui relève ce paradoxe : « La contraception a progressé, mais le nombre d'IVG n'a pas baissé. » (Cf. Nathalie BAJOS et al., « Pourquoi le nombre d'avortements n'a-t-il pas baissé en France depuis trente ans ? », dans Population et sociétés, n° 407, décembre 2004 ; notre citation se trouve p. 2.) Ce sont les juges de Nuremberg qui ont condamné l'euthanasie. Ce sont les psychologues qui constatent les troubles psychiques graves que l'avortement peut provoquer chez la femme ; ils arrivent à des conclusions analogues pour les enfants issus de père ou de mère inconnus. Ce sont les sociologues qui observent que les dysfonctions affectant la famille ont des répercussions souvent irréversibles sur la formation des enfants et sur le tissu social. C'est le Professeur Luc Montagnier –un des découvreurs, avec Roberto Gallo, du sida-- qui nous explique que la pilule est la grande cause de la diffusion du sida. Ce sont les économètres, comme Gary Becker, qui montrent l'actualité d'une thèse oubliée d'Adam Smith et qui reçoivent le Prix Nobel pour avoir montré que la principale richesse d'une société, c'est son capital humain, c'est-à-dire l'homme bien formé et responsable. Ce sont les économistes qui nous expliquent que si les caisses de pension et de chômage ne sont pas alimentées, elles finiront par se vider. Ce sont les démographes d'Eurostat qui nous disent que si une société ne fait plus d'enfants, elle vieillit et finit par disparaître, etc.
Notons au passage qu'il n'y a dans ces évidences pas une once de vérité révélée. Ce sont là des constats observables par n'importe qui. Convenons-en : l'Église est presque la seule instance mondiale à s'incliner devant ces vérités et à les proclamer, mais ce n'est pas pour autant que ces constats sont tirés des Saintes Écritures. Malheur à ceux qui s'enlisent dans l'ignorance des réalités élémentaires et qui oublient que les limites à la liberté humaine sont inscrites dans la constitution corporelle de l'homme !
Nous en venons ainsi à la question qui nous interpelle tous :

4. Que faire ?

Primauté des droits sur la législation
La seule parade face à la montée en puissance des « NDH », c'est la réaffirmation des principes fondamentaux déclarés en 1948, et la mise en pratique de ceux-ci dans le monde d'aujourd'hui. Il faut relancer la tradition réaliste des DH. La réalité de l'homme concret ne dépend point de la décision d'un individu ou d'un groupe. Elle est constatée, elle est déclarée, elle est proclamée. Simone Veil elle-même, qui a lié son nom à une loi funeste, reconnaissait, dans une interview de 2007, qu'on n'avorte pas une chose, « puisque –je cite-- il est de plus en plus évident scientifiquement que, dès la conception, il s'agit d'un être vivant. »
Dans la tradition réaliste, la justice est une disposition stable, une vertu, qui incline notre volonté à « rendre à chacun ce qui lui est dû ». Dans cette vision, il y a donc nécessairement des interdits, qui protègent autrui et sa liberté, et des prescrits, qui visent à le respecter. Comme le souligne Hayek, le Droit et les droits fondamentaux sont antérieurs à toute législation positive. Des faits s'imposent à nous : la réalité de l'homme, la réalité de la famille. Bien plus, dans le c½ur de l'homme il y a une réelle disposition à la réciprocité, à la sociabilité, à l'amour. Il y a la Règle d'Or, qui recueille l'expérience millénaire de la sagesse humaine, et que le Seigneur de la vie a portée à son point d'incandescence: « Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fasse ! »

Actualité de la tradition réaliste
Nous avons vu quelques-unes des dérives vers lesquelles poussait la conception positiviste des droits de l'homme. Nous pouvons aussi relever des signes d'espérance, de claires manifestations d'un retour à la conception réaliste de ces droits. En voici quelques exemples récents de courage.

1. Tout d'abord, comment oublier qu'au moment où nous sommes ici réunis, des chrétiens, en Inde, sont déclarés coupables, moqués et condamnés parce qu'ils combattent l'esclavage et les inégalités liées aux castes ?

2. Le 20 décembre 2007, le député italien Giuliano Ferrara lançait un appel en faveur d'un moratoire pour l'avortement. Si un moratoire est adopté pour la peine de mort –aurgumente-t-il— à plus forte raison doit-il l'être pour l'avortement.

3. En février 2008, sur avis de l'Avocat général Alain Legout, la Cours de Cassation de Paris, décidait que l'enfant né sans vie, quels que soient son âge et son poids, peut recevoir un nom et être déclaré à l'état civil.

4. Aux USA, dans le Colorado, Kristi Burton, 20 ans, a lancé en 2007 une campagne afin d'obtenir par referendum un amendement à la Constitution de son État. Soit dit au passage, elle nous a fait savoir qu'elle était de tout c½ur avec nous. Son projet d'amendement porte tout simplement : je cite : « Le terme personne ou personnes doit inclure tout être humain à partir du moment de la fécondation. »

5. Le New York Times du 15 juillet 2008 relate une proposition favorable à la vie émanant de l'administration Bush. La proposition vise à faire respecter le droit à l'objection de conscience des personnels médicaux ; elle entend aussi bloquer les subventions gouvernementales appliquées à des activités anti-vie. L'avortement est défini en termes on ne peu plus réalistes : -je cite : « N'importe laquelle des différentes procédures [...] qui a pour résultat de mettre fin à la vie d'un être humain in utero entre la conception et la naissance, soit avant, soit après l'implantation. »

Conclusions


1. Au nom des « NDH » et sur la base de ceux-ci, un « nouvel ordre mondial » est en gestation. Il serait intéressant de le comparer à l'internationalisme d'inspiration marxiste. Le fer de lance de ce nouvel ordre mondial est le Droit, plus précisément le droit international. Ce droit est au service d'institutions internationales déjà bien en place, et que ne contrôlent aucune base, aucune société politique. Sans doute serait-il prudent de nous rappeler la mise en garde de Hayek : je cite : « [Le droit] restera indubitablement un pouvoir dangereux à l'excès, aussi longtemps que nous croirons qu'il ne peut causer de dégâts que s'il est confié à de mauvaises gens. » (F. A. HAYEK, Droit, législation et liberté, Paris, Éd. Quadrige/PUF, 2007 ; voir p. 188.)


2. On s'accorde généralement à reconnaître que nos sociétés ont perdu leurs repères, que la société mondiale elle-même est déboussolée. Les temps sont mûrs pour proposer aux hommes autre chose qu'un relativisme moral qui les humilie, un relativisme juridique qui fait d'eux des esclaves. Je remercie le vice-recteur Reynders d'avoir accueilli ce colloque au sein de notre Université. Et je souhaite que sous son impulsion soit confortée, et si besoin réactivée, dans notre Alma Mater la tradition réaliste des DH, si brillamment honorée par des maîtres comme Dabin, Leclercq et Delhaye.

Je vous remercie.
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# Posté le jeudi 26 février 2009 05:07

LA CONTRIBUTION DE LA FAMILLE AU DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE --- Prof. J-D Lecaillon

LA CONTRIBUTION DE LA FAMILLE AU DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE

Il ne vient pas spontanément à l'idée d'associer famille et économie sauf pour souligner que la première souffre directement des insuffisances de la seconde. En revanche, il n'est pas habituel de mettre en avant le rôle économique de la famille en général, comment cette dernière contribue au développement en particulier. Cette absence d'intérêt, voire un certain mépris pour la famille, sont d'autant plus surprenants que les questions économiques sont au c½ur des préoccupations en ce début du 21ème siècle tandis que l'attachement aux valeurs familiales reste une constante dans toutes les enquêtes d'opinion.

L'objet de cette note est d'ouvrir quelques pistes de réflexion afin de susciter des études plus approfondies en évoquant quelques évidences et résultats des recherches économiques contemporaines. Cela permet, non seulement de traiter de la place de la famille dans la société, mais aussi de mettre en évidence les apports de la première, souvent considérée uniquement comme une source de dépenses, à la seconde. Certes, la vie économique n'est pas toute la société, mais elle en constitue une part très importante. Cette dimension étant souvent négligée quand elle n'est pas purement et simplement ignorée, il s'agit au moins de contribuer à combler une regrettable lacune.

Nous nous inscrivons dans une perspective scientifique et non pas idéologique ou militante : c'est en recherchant des idées nouvelles et pratiques que nous espérons faciliter une meilleure appréhension de la réalité.
Le point de départ de l'analyse est le constat que les thèmes du développement durable, de la croissance, de la performance, etc. occupent une place de premier choix dans les préoccupations des responsables politiques et des citoyens. Encore faut-il disposer de bons indicateurs pour en parler sérieusement et c'est dès ce stade que les interrogations commencent.

Dans ce but, après quelques considérations sur la notion de production (première partie) afin de disposer d'un cadre de référence, nous étudierons plus spécifiquement (deuxième partie) les relations famille-société en privilégiant la dimension économique. Nous montrerons ainsi que la famille est véritablement un lieu de production ; c'est en cela qu'elle contribue à part entière au développement.

I - La famille comme lieu de production

Pourquoi la famille ne serait-elle pas la réponse la plus adaptée aux défis économiques de notre temps ? La promotion de la famille est trop souvent conçue comme un luxe ; ne s'agirait-il pas plutôt d'une nécessité, d'une priorité ? Pour s'en convaincre, il suffit de revenir aux fondamentaux : la famille est d'abord un lieu de production.

Encore faut-il s'entendre sur le contenu de cette notion en général, celle de production domestique en particulier. Elle est en effet essentielle : ne sert-elle pas de référence majeure chaque fois qu'il s'agit d'apprécier la situation d'un pays et les résultats des politiques mises en ½uvre ? Apparemment simple, elle a fait l'objet, au cours de l'histoire, d'une grande variété d'approches. Ignorer cela peut être à l'origine de graves confusions.

En faisant brièvement le point sur l'évolution de son contenu, nous montrons que certaines options habituellement privilégiées, la non prise en compte des activités familiales en particulier, aboutissent à des situations d'exclusion, d'injustice mais aussi à une perte d'efficacité.

1/ La production dans l'histoire

Il est instructif de considérer, même schématiquement, comment les choses ont évolué au cours du temps.

La production a été très tôt considérée comme la source de l'accroissement des richesses, la richesse renvoyant d'abord à la production agricole ; puis très vite, l'influence du travail sur la production des biens est reconnue, ce qui permet de mettre en avant l'artisanat et finalement de parvenir à une appréciation déjà assez complète.

L'analogie production-richesses se retrouve dans la pensée grecque : la richesse sociale vient principalement de la terre rendue productive par le travail des hommes ; elle dépend également du capital, terme par lequel on désigne les instruments utilisés.

Une dimension normative est explicitement introduite dans la pensée de l'Islam, avec l'exclusion des activités immorales. Puis, au Moyen Âge, la richesse est constituée des biens matériels et provient essentiellement des arts naturels, du travail de la terre, de l'industrie et de l'administration. Les différents élargissements et approfondissements qui vont intervenir au début du XVIIe siècle se trouvent ainsi annoncés : la richesse est constituée par les choses nécessaires à la vie de l'individu.

Au milieu du XVIIIe siècle, François Quesnay, chef de file de l'école des physiocrates, considère que la production est une production de richesses qui sont les biens matériels, utiles aux individus et acquis par voie d'échange ; une distinction importante est alors introduite : le travail est productif quand il aboutit à un objet matériel et accroît en quantité et en valeur la richesse de la nation ; en revanche, il est qualifié d'improductif quand il n'aboutit pas à un objet matériel. Plus remarquable encore, c'est l'agriculture qui constitue le fond primitif des richesses véritables ; l'industrie n'est pas productive.

L'analyse va ensuite se préciser et s'élargir encore : le capital, somme de valeurs accumulées, vient compléter la terre et le travail en tant que facteur de production.

Il faut attendre le début du XIXe siècle pour que la valeur des choses trouve son premier fondement dans l'usage que peuvent en faire les hommes pour servir à leurs besoins ; produire de la richesse est assimilé à produire des objets ayant une utilité ; la production est une transformation de forme, de matière et de lieu.

Quant à la notion de PIB (pour Produit Intérieur Brut) ou de GDP (pour Gross Domestic Product), elle permet de disposer d'un indicateur pour effectuer des comparaisons de l'activité économique, soit dans l'espace soit dans le temps.

Ce rapide tour d'horizon suffit pour révéler une difficulté majeure lorsqu'il s'agit de définir la frontière de la production ; la question est la suivante : quel traitement faut-il accorder à des activités produisant des biens et des services qui auraient pu être fournis à d'autres sur le marché mais qui sont, en fait, conservés par leurs producteurs pour leur propre usage ?

La réponse habituellement retenue distingue les biens des services. Si les premiers ont tous vocation à être à l'intérieur de la frontière de production, en revanche les deux seules productions de services pour compte propre des ménages retenues en pratique sont celle de logement par les propriétaires occupants et celle donnant lieu à l'emploi de personnel domestique rémunéré. Concrètement, cela signifie que les services rendus à l'intérieur du ménage, par des membres à d'autres membres du ménage, ne font pas partie de la production, ne sont pas comptabilisés dans le PIB.

Il est donc clair, non seulement que le PIB n'est en aucun cas une mesure du bien-être, mais aussi que cet indicateur de l'activité globale de production laisse de côté tout un pan de la production de services domestiques. Cette exclusion peut être à l'origine de biais dans les décisions prises.
Mais il apparaît aussi que rien n'est immuable : il n'y a pas de raison de considérer qu'il faut définitivement se contenter de ce qui est aujourd'hui la norme. Ainsi, une nouvelle mise en perspective peut être proposée à propos de la production domestique, également qualifiée de familiale.

2/ La production domestique

L'activité domestique des ménages a longtemps relevé de l'analyse économique de la consommation, sa dimension productive étant totalement ignorée. Une des conséquences pratiques de cette conception a été de considérer que la famille relevait seulement de la sociologie des institutions non marchandes ; d'ignorer en quelque sorte que cette dernière puisse être créatrice de richesse.

Au cours des deux décennies 1960 et 1970, l'activité domestique a bien été réexaminée au regard de l'essor de l'activité professionnelle. Cela aurait pu conduire à valoriser socialement le travail non rémunéré, à évaluer sa contribution au bien-être, à prendre en considération l'équité du partage du travail entre les hommes et les femmes, à appréhender la répartition du temps (entre travail rémunéré, non rémunéré et loisirs), à réviser les statistiques du PIB et de la main-d'½uvre. Ce renouveau n'a pourtant pas répondu à tous les espoirs suscités, la réflexion se relâchant dans les années 80. De nombreuses questions sont ainsi restées en suspens. Le terrain reste en friche aujourd'hui malgré d'intéressantes perspectives offertes en la matière par l'analyse économique.

Les diverses notions habituellement employées pour qualifier le domaine d'analyse des activités domestiques, quoique voisines, mettent l'accent sur des enjeux et des acteurs qui ne sont pas nécessairement identiques. Ainsi, les uns parlent d'“ économie domestique ” (household economics) tandis que d'autres préfèrent la notion de “ production domestique ” (home production). C'est à Gary Becker, prix Nobel en 1992, que nous devons l'expression d'“économie de la famille”, expression sans doute la plus extensive quant aux comportements étudiés.

Le domestique (domus) désigne l'univers du ménage, terme économique plus largement utilisé que celui de famille et source de nouvelles confusions. Si en effet une famille (nucléaire ou monoparentale) est bien un ménage, la réciproque n'est pas vraie puisque celui-ci peut être constitué d'une ou plusieurs personnes sans liens familiaux, éventuellement d'un couple sans enfant. Mettre l'accent sur la famille conduit donc à s'interroger sur l'incidence de la présence d'enfants et sur la répartition des tâches qui prévalent au sein d'une catégorie de ménages, la plus répandue et sans doute la plus fondamentale, mais pas la seule.

Tenter de fournir une mesure de l'activité familiale, d'en indiquer au moins les principaux modes d'évaluation, doit permettre, par delà l'arbitraire qui préside aux conventions retenues, de lui donner un contenu sémantique. La rigidité de la définition du PIB a en effet fait apparaître un biais illustré par une remarque bien connue, attribuée à l'économiste anglo-saxon Arthur Cecil Pigou qui déjà, dans les années trente, observait que lorsqu'un gentleman épouse sa cuisinière, le PIB diminue (!), observation permettant d'illustrer le fait que l'intégration du travail domestique dans le cadre comptable relève d'une "consommation élargie" : au regard de la Comptabilité Nationale, le travail familial n'est ni marchand, ni productif ; sa valeur est réputée nulle.

Ce parti pris est-il tenable ? Poser la question est déjà une forme de réponse même s'il n'est pas possible, dans le cadre de cette réflexion, d'aller plus loin. Cela n'est d'ailleurs pas nécessaire pour reconnaître que le travail familial est une activité indispensable, répondant aux besoins des hommes, occupant autant de temps, sinon plus, que l'activité professionnelle -salariée ou indépendante- des membres de la cellule familiale. Cela justifie au minimum une reconnaissance de cette activité et sa prise en compte dans l'analyse.

Ainsi, le thème central de la réflexion renvoie à celui des relations famille-société.

II - L'étude des relations famille-société

Il s'agit de montrer en quoi la société a besoin des familles (de même d'ailleurs que ces dernières ont besoin de la société).
Dans ce but, il est intéressant de synthétiser l'apport des familles à la société sous la forme d'un nombre réduit de missions et d'en souligner le caractère fondamental en liaison avec le développement économique.

1/ La « production d'hommes »

Les spécialistes parlent de reproduction ; d'autres préfèrent le terme de maternité. Au-delà du vocabulaire, il s'agit bien d'assurer le service de la vie.

La famille, plus précisément l'union d'un homme et d'une femme, apparaît de ce point de vue comme le mode le plus efficace, le plus adapté, pour atteindre cet objectif. Or les développements récents de la théorie économique ont permis de confirmer ce qui pouvait paraître intuitif à savoir qu'en plus d'être indispensable à la survie de la société, le remplacement des générations est une condition, certes non suffisante, mais nécessaire au dynamisme économique.

2/ La formation de capital humain
Il ne suffit pas de donner la vie. L'enfant doit être instruit, éduqué...

Si l'union éphémère d'un homme et d'une femme pourrait en théorie suffire pour l'objectif de reproduction, il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'apporter au "petit d'hommes" tout ce qui fera de lui un être responsable et autonome, un être libre, un producteur (et pas seulement un consommateur). Si les enfants naissent dans la famille, celle-ci est aussi le premier lieu de leur éducation. Cette formation de "capital humain" est reconnue, dans les développements les plus récents de la théorie de la croissance économique, comme un facteur prépondérant.

Nous touchons là une question essentielle : la fonction économique remplie par la famille, véritable unité de production, est très ancienne ; il s'agissait même à l'origine de sa caractéristique principale. Or s'il est vrai que certaines formes traditionnelles de production se sont estompées (activités agricoles, commerciales et artisanales), ce n'est pas exact en ce qui concerne la première d'entre elles (la reproduction) tandis que le relais des précédentes a été pris par cet investissement qu'est la formation du capital humain. L'erreur majeure est de ne pas considérer cette activité comme créatrice de richesse lorsqu'elle n'est pas externalisée !

3/ La cohésion sociale

Ce thème est d'une grande actualité. Il relève de la solidarité entre les individus qui constituent une société. Il s'agit véritablement de savoir comment faire pour que celle-ci ne se réduise pas à un amas de cellules que seraient les individus, sans relations réciproques, sans possibilité de véritable échange. Car l'échange est au c½ur de la vie économique.

Certes la solidarité peut se concevoir en dehors de la famille, même si la façon dont est (mal) posée aujourd'hui la question des retraites permet de mesurer toutes les limites d'une telle conception. Il n'en est pas moins vrai que par définition la famille,
- d'une part qui réunit naturellement et immédiatement des hommes et des femmes de générations différentes
- d'autre part qui n'est pas un ghetto dans la mesure où chaque être humain quitte sa famille pour en fonder une nouvelle
est le cadre privilégié pour apprendre à "vivre ensemble".

C'est également la famille qui, en permettant à chaque individu de s'enraciner, lui offre des repères d'autant plus importants que nous sommes confrontés à des changements de plus en plus rapides et à des espaces de plus en plus vastes. Il suffit d'évoquer l'arrivée accélérée des nouvelles technologies ou la mondialisation pour s'en convaincre.

Réciproquement d'ailleurs, il doit bien y avoir des raisons pour que l'échec scolaire, les difficultés d'insertion, la délinquance, etc. accompagnent la destructuration familiale.

Ces considérations ne font que renforcer les lacunes évoquées à propos de la fonction éducative. Or si on intègre dans l'analyse toutes les conséquences de la dissolution familiale, on s'aperçoit qu'il est quelquefois plus judicieux d'agir préventivement.

La famille apparaît ainsi comme un pont entre l'individu et la collectivité, une sorte de chaînon intermédiaire permettant d'éviter les deux écueils que sont la tyrannie d'une part, l'anarchie d'autre part ; elle est le meilleur vecteur pour assurer le bien commun. La famille est très bien placée pour atteindre ce but et assurer de cette façon l'harmonie des relations sociales. En ce sens nous pouvons dire qu'elle est effectivement "cellule de base de la société" tandis que la finalité de l'économie pourrait être la paix et la prospérité des familles.

Deux choses peuvent être retenues au terme de ces considérations :
- le lieu premier d'éveil, d'éducation ouvrant à la vérité et à l'amour est bien la famille ; nier cela, c'est programmer la destruction de tout tissu social ;
- à la base de la vie économique il y a l'échange ; celui-ci passe par la découverte de l'autre ; c'est l'instauration de relations humaines qui permet de passer de l'individu à la personne.

A partir de là, il est nécessaire, pour valider la réflexion et mesurer l'intérêt de l'approche, d'en tirer quelques enseignements pratiques. Ces derniers se résument en l'importance d'une véritable action de promotion de la famille en tant que lieu de production de richesses et moyen d'assurer un développement durable.

En conclusion, si on admet que l'existence de familles est bénéfique, que leur épanouissement est souhaitable, alors la politique dont l'objet est de promouvoir ce mode d'organisation de la vie en société doit fondamentalement s'inscrire dans la durée.

Deux voies complémentaires peuvent être suivies.

• De même que la famille n'est pas un ghetto, se consacrer à sa famille n'est pas synonyme de repli sur soi. Comme nous l'avons vu, la famille ne peut pas être en opposition avec la société si elle en est la cellule de base ; la fonction parentale doit être valorisée.
• Cela conduit à considérer que l'avenir passe par les éducateurs qui jouent un vrai rôle social ; à ce titre spécifique, la fonction de parents doit être reconnue, ce qui conduit à dire qu'une politique qui n'intègrerait pas la vocation de parent et d'éducateur ne pourra jamais être qualifiée de familiale.

Toute la difficulté vient du fait qu'en privatisant (en individualisant) la famille et en étatisant l'économie, on a fait perdre à la première sa fonction économique originelle ; en même temps que s'est creusé le fossé entre le social et le privé, l'écart entre unités de production et unités de consommation s'est accru : la famille est réputée consommer de plus en plus et produire de moins en moins, ce qui n'est pas conforme à la réalité.

La réalité est la suivante : le capital humain est un facteur prépondérant du développement ; or la formation de celui-ci passe par une politique de promotion de ce lieu d'apprentissage du vivre ensemble : la famille...

Professeur Jean-Didier Lecaillon
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# Posté le jeudi 26 février 2009 04:58

Autorité et pouvoir dans l'Etat --- Jean De Codt

Autorité et pouvoir dans l'Etat


Pour comprendre la nécessité d'un Etat organisé, il suffit de s'imaginer une société humaine vivant au naturel, sans justice, ni sécurité, ni solidarité, ni ordre, ni souci du bien commun. On s'aperçoit bien vite qu'une autorité supérieure est nécessaire parce que si l'homme est un être social, c'est aussi un être enclin à dominer les autres.

Le pouvoir est donc indispensable à la société pour assurer sa cohésion, pour imposer une limite aux égoïsmes individuels et aux appétits de puissance, pour unir le groupe face aux dangers qui le menacent tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, pour permettre au groupe d'assurer le plein épanouissement des personnes qui le composent et pour réaliser ainsi le bien de tous. Ce beau programme a cependant un prix : il faut que chacun accepte de sacrifier une partie de sa liberté et de ses biens.

Qu'est ce que l'Etat ? L'Etat est une réunion d'hommes et de femmes soumis d'une manière permanente à la direction d'un Souverain, c'est-à-dire d'une autorité investie du pouvoir suprême. Les éléments constitutifs de l'Etat sont au nombre de quatre : un peuple, un territoire, un pouvoir souverain et un ordre juridique, c'est-à-dire un ensemble de règles et d'institutions ayant pour vocation de réaliser le droit .

Saint Thomas d'Aquin définit le pouvoir comme étant cette partie de la société qui a charge de la mener toute entière à son bien commun. Il en résulte, pour Thomas, que les dirigeants doivent être choisis parmi les hommes les mieux doués et les plus vertueux. La qualité des dirigeants est une des conditions de leur prestige et donc de leur autorité, c'est-à-dire de leur aptitude à imposer aux gouvernés les diverses contraintes que comporte en général l'action gouvernementale.

L'efficacité du pouvoir dépend effectivement de l'autorité dont bénéficient ses organes. Mais il ne suffit pas que le pouvoir soit en état de se faire obéir. Il doit aussi vouloir être obéi. Quel est le danger aujourd'hui, dans les régimes qui se disent démocratiques ? Que l'organe du pouvoir abuse de sa puissance ? Ou, au contraire, qu'il n'en use pas assez parce qu'il doute de lui-même ?

Je crois que ces deux périls nous menacent également. Ils viennent de la difficulté que nous avons de concilier la nature libre de l'homme et sa nature sociale. Je crois aussi que cette nécessaire conciliation ne peut se résoudre, aujourd'hui comme hier, que par le « dialogue », à condition que ce terme, trop galvaudé par la mode dont il est l'objet, reçoive sa véritable acception.

Pour dialoguer, il faut commencer par être deux. Avons-nous un interlocuteur ? Y a-t-il un pilote dans l'avion ? J'ai parlé du Souverain comme étant le détenteur de l'autorité. Mais qui est le Souverain et au nom de quoi le reconnaissons-nous comme tel ?

L'office du vendredi saint comprend la lecture de la passion selon Saint Jean. Ce procès fondateur de la religion catholique oppose, dans un saisissant dialogue, le magistrat romain et le prévenu accusé de sédition. Etonné de voir Jésus si peu intéressé à sa propre défense, Ponce Pilate lui dit : « Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te crucifier et le pouvoir de te relâcher ? ». Et le Christ lui répond : « Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l'avais reçu d'En-Haut ».

Je signale que l'article 33 de la Constitution du Royaume de Belgique ne dit pas du tout que le pouvoir vient de Dieu. Il précise au contraire que les pouvoirs émanent tous, absolument tous, de la Nation. J'en ai fait l'expérience. J'exerce dans l'Etat belge un pouvoir régalien, celui de rendre la justice. Comme juge de cassation, un pouvoir m'est attribué, celui de terminer les procès ou de les faire recommencer pour contravention à la loi. L'honneur, la réputation, la fortune et la liberté des gens sont confiés à mes mains tremblantes. Qui m'a chargé de cet effrayant fardeau et pourquoi ? A vue humaine, ce n'est pas Dieu. Je ne dois ma fonction qu'à un arrêté royal publié au Moniteur belge. Je n'ai pas reçu les tables de la loi au sommet du mont Sinaï.

Dans la théologie politique chrétienne traditionnelle, datant de l'époque constantinienne, toute souveraineté et toute légitimité politique viennent de Dieu et, plus précisément, de Jésus Christ lui-même, à la fois Roi et prêtre. Il est Roi en tant qu'il représente son peuple auprès du Père. Il est prêtre en tant qu'il lui offre son sacrifice parfait, car divin, en réparation des péchés de l'humanité déchue.

Dans cette conception, le pouvoir vient de Dieu dans la mesure où il concourt au maintien d'un ordre voulu par Lui. C'est une idée intéressante car si le pouvoir vient de Dieu, cela entraîne que ce pouvoir est configuré à l'amour que Dieu a pour l'humanité.

L'étude des textes bibliques conduit à penser que Dieu a préféré, à l'anarchie, une société humaine organisée. « Mon fils, lit-on dans le livre des Proverbes (24, 21), crains l'Eternel et le roi ; ne te mêle pas avec les hommes remuants ». Et dans les Chroniques, Dieu explique à Salomon qu'Il aime Israël et veut le faire subsister toujours, raison pour laquelle Il a établi Salomon roi sur cette nation pour qu'il fasse droit et justice (II, 9, verset 8). Ce message reste très actuel car il rappelle à l'ordre, de façon catégorique, les hommes publics d'aujourd'hui, qui seraient peu soucieux de moralité politique.

Jusqu'au 21 janvier 1793, les nations occidentales ont été gouvernées par des Rois en qui elles voyaient le représentant du Christ sur terre, du moins pour les affaires temporelles. Le Roi était la source du droit tout en étant soumis aux lois et coutumes du Royaume, à l'instar du Christ volontairement soumis à la loi qu'Il n'était pas venu abolir mais accomplir.

En écho à la christologie paulinienne où le Christ est l'époux et la tête de l'Eglise, la théologie et le droit faisaient du Roi l'époux de la nation, le mari de la République. Cette relation sponsale imposait au Roi et à la nation un certain nombre d'obligations. Le Roi se devait à ses sujets et les sujets se devaient au Roi.

Louis XVI écrivait ainsi : « Comme rien ne peut dispenser mes peuples, quand je serais injuste ou tyran, de m'être soumis, si de leur côté ils violaient tous leurs devoirs envers moi, rien ne pourrait me soustraire à l'obligation de remplir les miens à leur égard ».

Le dialogue entre le Souverain et son peuple pouvait exister à un niveau de profondeur dont nous n'avons plus idée aujourd'hui, puisqu'il y allait d'un don réciproque pouvant aller jusqu'au sacrifice. Comme l'écrivait un juriste du Moyen-Age, Aeneas Silvius, « Le prince lui-même, tête du corps mystique de la Res publica, est tenu de sacrifier sa vie chaque fois que le bien commun l'exige ». De même, Louis XVI déclara aux députations des gardes nationales, le 13 juillet 1790, en parlant des français : « Dites-leur que, si je ne puis me transporter avec vous dans leurs maisons, je veux y être par mon affection et par les lois protectrices du faible, veiller pour eux, vivre pour eux, mourir s'il le faut pour eux ».

Le Roi était donc la clef de voûte de l'ordre juridique et social tout entier. Il était aussi le protecteur de l'Eglise. Dans ce contexte, le régicide, au sens de la destruction du principe royal, visait à détruire le lien entre le Roi et la République et donc entre le Christ ou l'Eglise et la nation .

L'esprit de notre époque, qui est l'esprit de la Révolution à qui on doit imputer ce régicide, consiste en une vision du monde profondément sécularisée, mettant au fondement de la souveraineté une fiction, le peuple, et une notion matérielle, le nombre, plutôt qu'une divinité révélée.

Le dialogue risque alors de n'être plus qu'une imposture, un soliloque, une juxtaposition de langages humains ne renvoyant chacun qu'à eux-mêmes dans une cacophonie digne de Babel.

La structure institutionnelle de notre système étatique a pour socle inamovible la souveraineté populaire. La réalisation du bien-être des citoyens est confiée à certains d'entre eux, sur la base d'une délégation de pouvoirs prenant la forme d'un mandat attribué par élection au suffrage universel. La collectivité est donc libre, en théorie, de choisir ceux qui la gouvernent et de renvoyer les mandataires qui échouent dans l'accomplissement des tâches qui leur sont confiées.

Ce système est un compromis habile entre le souci d'éviter l'anarchie et celui d'échapper à la tyrannie. On essaie d'y parvenir par le mécanisme des mandats électifs, accessibles en principe à tous, mais aussi par le système de la séparation des pouvoirs, fondamental dans une démocratie. Montesquieu a formulé cette idée, empruntée à la philosophie politique anglaise, de la manière suivante : « C'est une expérience éternelle que tout homme qui dispose du pouvoir est porté à en abuser. Il va jusqu'à ce qu'il trouve ses limites. Il faut donc que, par la disposition naturelle des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».

C'est la raison pour laquelle, dans les démocraties occidentales, d'une part, le pouvoir civil et le pouvoir religieux ne sont pas confondus, d'autre part, les fonctions législative, administrative et juridictionnelle sont confiées à des organes distincts appelés à collaborer entre eux, certes, mais sans empiètement sur leurs compétences respectives. Par exemple, un juge ne peut pas faire une loi. Si son jugement contient des dispositions à caractère général et réglementaire, il sera cassé par un autre juge qui est la Cour de cassation.

Les hommes vivant en démocratie acceptent donc de se donner des maîtres à condition d'être garantis efficacement contre leur omnipotence. On a pensé qu'il était bon que le gouvernement se fasse par le peuple et pour lui car il n'y a pas lieu de craindre que le peuple se tyrannise lui-même. C'est une belle illusion car le peuple qui exerce le pouvoir n'est pas toujours le même peuple que celui sur qui on l'exerce.

Au demeurant, les gens ne sont pas dupes. Ils voient bien qu'une partie de ceux qui occupent la scène politique et se voient confier des mandats publics les confisquent et s'y incrustent pour leur intérêt personnel. Le plus grave est que le choix populaire, abusé par les professionnels de l'élection, laisse hors du parlement la plus grande partie sinon la totalité de l'élite de la nation. Aussi bien, le pouvoir n'est-il plus dans les parlements mais entre les mains d'une classe politique qui se renouvelle peu, se reproduit parfois de manière héréditaire et n'inspire plus ni la confiance ni même l'admiration.

Mais au-delà de ces problèmes de fonctionnement, et de manière plus profonde, les démocraties occidentales connaissent une crise d'autorité qui est liée selon moi au péché de leur origine même. Construite sur le meurtre du Roi et la profanation du pouvoir, la démocratie, orpheline de la figure tutélaire du Père, ne peut qu'éprouver la plus grande difficulté à fonder sa propre légitimité .

Ce n'est pas un hasard si le phénomène dont nos sociétés souffrent est essentiellement un phénomène de désaffiliation. Dans tous les cas, une même force centrifuge détache, sépare, isole, fragmente, atomise. Elle remplace l'autorité par le libre choix, la permanence par la mobilité, le souci de l'universel par la juxtaposition des différences.

Depuis les années septante, le style patriarcal est perçu comme une dérive paternaliste. La figure contemporaine de l'autorité serait tout au plus celle de la mère, Big Mother, dont la fonction n'est pas de rappeler les interdits qui fondent la société mais de s'attacher à satisfaire les désirs .

La famille, hier encore cimentée par le principe institutionnel, devient une alliance contractuelle et provisoire qu'on pourra à tout moment défaire en fonction des convenances. Même la transmission héréditaire du nom de famille est remise en question, les autorités européennes cherchant à imposer aux Etats membres un système privilégiant le nom de l'individu sur celui du lignage.

Dans un ouvrage publié récemment en France, l'ethnologue sino-français Cai-Hua décrit une société d'environ trois cent mille personnes, les Na, vivant aujourd'hui en Chine, dans la province de Yunnan, sur les contreforts du Tibet.

Il s'agit d'une société matriarcale. Le mariage n'y existe pas. Les relations sexuelles s'organisent selon le système dit de la « visite ». Les partenaires changent sans cesse. Chaque femme éduque ses propres enfants et héberge ses frères sous son toit, avec interdiction d'inceste. Le mot « père » n'existe pas dans la langue Na. L'ethnologue en conclut que la famille et le mariage ne peuvent plus être considérés comme un modèle universel.

Cette conclusion a été très bien reçue, ce que nous comprenons aisément. Les sociétés occidentales contemporaines visent à développer la liberté individuelle la plus extrême : possibilité de divorcer unilatéralement et sans explication, possibilité pour les femmes de disposer entièrement de l'enfant à naître, maîtrise de la fécondité par les femmes seules, sacralisation du plaisir, possibilité pour des personnes du même sexe d'adopter des enfants ou même de les engendrer, multiplication des familles monoparentales, bref, apparition d'une société sans père ni mari.

Cette évolution est néfaste sur le plan de la déviance parce que c'est à travers la loi du père que l'individu devient sujet, reçoit une éducation d'initiative où il apprend à répondre de ses actes, à construire son autonomie, à reconnaître les limites de son action.

Chez les Na, l'individu ne reçoit pas une éducation à l'initiative ; il ne reçoit qu'une initiation et la liberté sexuelle dont il bénéficie est contrebalancée par un contrôle social étendu.

De même, nos contemporains ne voient pas que la dislocation de la famille se paye par la nécessité de confier à la collectivité le soin d'organiser la vie de l'enfant. Il faut de plus en plus d'infirmières scolaires, d'assistantes sociales, de policiers, d'éducateurs, de travailleurs sociaux en tout genre. Il y a même des gens qui réclament la présence de la police à l'école afin de répondre aux violences engendrées par l'absence d'autorité familiale. Chasser l'autorité par la porte ne nous met pas à l'abri de la voir rentrer par la fenêtre sous la forme d'un despotisme démocratique dont les siècles qui nous précèdent n'avaient pas eu l'idée.

Quant à la loi, acte de l'autorité par excellence, elle est descendue de son piédestal. Et plus souvent qu'à son tour, on lui fait mordre la poussière. C'est toujours le même phénomène de désaffiliation qui se manifeste ici.

Autrefois, les lois se présentaient comme quelque chose d'antique, d'immuable, de vénérable. Les anciens disaient que leurs lois leur étaient venues des dieux. Elles étaient sacrées. Elles formaient un legs du passé, inaliénable, mélange composite de sagesse divine et d'une longue expérience ancestrale.

Même à l'époque où l'on admit que la volonté d'un homme ou les suffrages d'un peuple pouvaient faire une loi, encore fallait-il que la religion fût consultée, que les augures soient favorables. La loi chez les anciens fut toujours sainte. Bossuet considérait encore qu'en général, les lois ne sont pas lois si elles n'ont pas quelque chose d'inviolable. Et il ajoutait : « On perd la vénération pour les lois quand on les voit si souvent changer » .

Que dirait l'évêque de Meaux aujourd'hui ? La loi a perdu une part considérable de son autorité parce qu'elle est éphémère, bâclée, querellée, noyée dans un fatras de dispositions contradictoires, détachée du réel au profit des idéologies, blessée par les compromis dont elle porte la trace comme autant de cicatrices. Qui plus est, la loi nationale belge est exposée à être tantôt frappée d'infamie par la Cour constitutionnelle au nom des principes d'égalité et de non-discrimination, tantôt condamnée par la Cour de justice des communautés européennes ou par la Cour européenne des droits de l'homme, institutions supranationales capables de substituer lentement mais sûrement leur propre droit à celui des Etats membres. Or, que défendent ces institutions supranationales, sinon l'argent sans frontière et la thèse de l'immaculée conception de l'homme ?

Orphelines du père qu'elles ont tué et assujetties à un pouvoir contesté et contestable puisque profane, nos sociétés d'individus sont frappées logiquement d'un syndrome d'aphasie dès qu'il est question de sens ou de norme. La pensée moderne se tait dans toutes les langues sur la question pourtant fondamentale du bien et du mal.

Oh je ne dis pas que nous n'avons pas nos vaches sacrées et nos boucs émissaires, nos bien-pensants et nos hérétiques. Aujourd'hui, le bien, c'est le multiculturalisme et le mal est son contraire, le racisme. Celui-ci n'est évidemment reconnaissable, racontable et digne d'être combattu qu'à la condition d'être de souche occidentale.

La détermination antiraciste est devenue si intransigeante qu'il n'est plus un seul événement qui ne soit soluble dans le racisme. Nulle extériorité ne doit résister au métissage de toute chose . Pourquoi cette obstination à vouloir être un peuple, à vouloir être vous-même, alors que vous avez cette chance de disparaître dans un mélange absolu de genres et de cultures ?

Le multiculturalisme, idéologie de notre temps, avec sa police , ses temples et ses outils de propagande, interdit radicalement les jugements de valeur. Tout est également bon. Le mal n'existe plus. Seuls sont mauvais et doivent être réduits au silence les individus qui, en osant affirmer la supériorité de la culture occidentale, cumulent le révoltant et le révolu.

L'absence d'une véritable réflexion sur le mal ne procède pas d'un oubli mais d'un choix démocratique fondateur et aujourd'hui radicalisé. Issue des lumières européennes, la démocratie moderne se veut résolument optimiste et pluraliste. Sa confiance affichée dans le progrès, son désir de bonheur terrestre et d'apaisement des m½urs, sa volonté de respecter la diversité des opinions et des croyances, tout cela lui interdit par principe de tenir un discours autoritairement normatif.

La culture dominante est celle de la transgression. Cela s'aperçoit dans notre vocabulaire : on brave les tabous, on défie les convenances, on brise les silences, on se dresse contre les préjugés, on dévoile les secrets au nom de la transparence, on tourne le dos aux vieux interdits, on pourfend les hypocrisies.

Il est curieux de voir que l'Etat reprend à son compte, en l'officialisant, cette prévalence de la transgression sur la règle. C'est une dérive de l'Etat : il renonce à toute fonction symbolique ou instituante pour se transformer en thérapeute indulgent et maternant de l'individu transgresseur.

Une nouvelle interprétation du droit est à l'½uvre. La règle juridique n'est plus considérée comme la fixation d'une limite mais comme l'assurance d'une protection. Chaque style de vie, chaque préférence normative, chaque déviance veulent être reconnus comme tels. La transgression revendique un statut et réclame, assez extraordinairement, d'être protégée par la loi. Le renversement est complet. Aujourd'hui, ce qui est protégé, ce n'est plus la dignité humaine, c'est seulement la libre interprétation que chacun peut faire de ce principe .

L'actualité nous donne de nombreux exemples de ce qui précède. Je n'en prendrai qu'un, en matière d'urbanisme .

Un couple wallon construit en 1992, pour ses vieux jours, une maison sans permis de bâtir. Quinze années durant, de procédures judiciaires en menaces et en inactions ministérielles régionales, le couple va tenir bon dans sa maison illégale. En 2004, le ministre du logement décide de faire de ce dossier l'exemple qui montrera que quelque chose a changé au pays du laisser-faire. La maison doit être détruite ? Elle le sera. On va voir ce qu'on va voir.

C'est tout vu. Le ministre en question a annoncé à la télévision que le couple pourra terminer sa vie paisiblement dans son logis illégal. C'est un compromis intervenu entre l'autorité régionale et les contrevenants : on démolira leur maison dès qu'ils auront cessé de vivre. Cet arrangement et la publicité qui en est donnée donnent-ils un bon signal à la population quant au respect des règles légales au sud de la frontière linguistique ? Comment peut-on justifier que l'autorité tolère, fût-ce de manière prétendument temporaire, le maintien d'une situation contraire à la règle qu'elle a elle-même édictée ?

Faut-il plaider pour un retour pur et simple à l'autorité ? Pour une réhabilitation sans faiblesse de la règle, c'est-à-dire de la limite ? C'est ce que réclament les défenseurs de la tradition et les partisans de l'ordre. Or, cette injonction est irrecevable, explique l'essayiste Jean-Claude Guillebaud. Pourquoi ? Parce qu'en magnifiant l'idée de limite, elle escamote une moitié de la vérité. L'ambivalence de notre statut d'être humain exige une analyse plus fine. Elle s'énonce comme suit : l'humanité de l'homme se fonde sur le concept de limite mais la réalisation de chaque homme passe par la transgression. Pour dire les choses plus simplement, c'est la limite qui me fait homme mais c'est la transgression qui me fait individu .

On ne peut tout de même pas nier, en ce qui concerne la transgression, qu'une part essentielle de l'aventure humaine lui est redevable. C'est par elle qu'un homme manifeste son autonomie, son énergie, sa créativité. En traversant la frontière, l'individu quitte l'unanimité routinière pour s'aventurer dans l'inconnu. Pour la plupart des mythologies, des plus anciennes aux plus actuelles, le héros est celui qui désobéit. Même la faute d'Adam a été déclarée bienheureuse.

La fondamentale nécessité d'une limite ne doit donc pas conduire à trop dévaloriser la transgression. Tout le problème est là. Alors ? Alors c'est forcément une savante dialectique des contraires, un balancement entre la règle et la désobéissance, bref une culture qu'il faut tâcher de vivre.

Puisque la loi ne descend plus de l'Olympe, les sociétés humaines ne doivent pas mettre leur foi en Jupiter, ce dieu dont l'ouverture au dialogue n'est pas la première vertu. Les hommes ne prendront pas davantage pour modèles Hercule ou Prométhée qui, ne se souciant d'aucun interdit, attirent sur l'humanité plus de malheurs que de progrès. Mettons plutôt nos pas dans ceux d'Hermès ou de Mercure, ce messager des dieux, ce dieu des voyageurs habile à relier les camps opposés.

Aujourd'hui plus que jamais, l'exercice des pouvoirs de l'Etat suppose de la part de ses organes une culture de dialogue si on entend par là l'aptitude à expliquer le sens de la règle et à recueillir le point de vue de son destinataire avant de la lui appliquer.

Une autorité sans pédagogie ni dialogue n'est que de l'autoritarisme et celui-ci n'est guère efficace, surtout dans une société évoluée comme la nôtre où les gens sont très critiques et ne supportent plus la moindre atteinte à leurs droits parce qu'ils n'ont plus le réflexe inné de placer l'intérêt général au dessus des intérêts particuliers.

Le dialogue ne peut cependant ni se payer par une perte d'identité ni se dissoudre dans le consensus généralisé ou dans l'abandon de la règle. Même affaibli et profané c'est-à-dire dépouillé de tout caractère sacré, l'Etat continuera, parce qu'il ne peut pas se nier lui-même, à opposer aux individus le minimum de contraintes sans lesquelles la violence emporterait tout.

L'échange de points de vue qui peut avoir lieu entre les pouvoirs publics et un particulier ne sera jamais une discussion d'égal à égal pour la simple raison que si le pouvoir était égal à un particulier, il cesserait aussitôt d'être souverain, ce qui est la négation même du pouvoir.

Avant de procéder au dépannage de la voiture garée irrégulièrement, le policier peut parfaitement entendre le contrevenant et décider, sur la base de ses observations, qu'il n'appellera finalement pas la dépanneuse. Avant d'établir l'impôt dû sur une déclaration de succession, l'inspecteur d'administration fiscale peut parfaitement écouter le déclarant qui lui explique s'être trompé quant à l'importance des fonds dont il a bénéficié à titre de donation entre vifs. Avant de condamner ou d'acquitter le prévenu, le juge peut parfaitement décider d'entendre tous les témoins dont la déposition, confrontée à celle du suspect, paraîtra utile à la manifestation de la vérité. Ce que ni le policier, ni l'inspecteur d'administration fiscale, ni le juge, ni le fonctionnaire ne peuvent faire, en principe, c'est refuser d'appliquer une règle impérative après avoir reconnu que ses conditions d'application étaient réunies.

Notre temps se targue de baigner dans une « culture de dialogue ». Mais quel dialogue ? S'il en est un qui doit exister en profondeur, c'est celui qui s'échange entre la limite et la transgression, entre la règle et son dépassement, entre le dépositaire de la loi et son destinataire. Ce va-et-vient salutaire risque de disparaître si l'on abolit un des deux termes au profit de l'autre. S'il n'y a plus de limite, de quel message le divin Hermès pourra-t-il encore être porteur auprès d'une humanité n'adorant plus qu'elle-même et ne cherchant plus à connaître ce que pensent les dieux ?

Quant au pouvoir, s'il ne renvoie qu'à lui-même, il ne peut guère mener qu'à la corruption. Et s'il renvoie à Dieu, il ne peut conduire qu'au martyre. C'est ce qui fait que l'héroïsme chrétien n'a pas les mêmes sources que les autres : il procède du c½ur d'un Dieu flagellé, moqué, crucifié hors des portes de la ville.

Il est temps pour cet héroïsme auquel nous sommes appelés de mettre de nouveau, comme jadis dans les siècles médiévaux, la main aux choses de la cité terrestre, mais en sachant que notre force et notre grandeur, si peu nombreux que nous soyons, sont d'ailleurs et d'un autre ordre.





Jean de Codt.


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# Posté le jeudi 26 février 2009 04:56

Mon corps,Ma vie,Mon choix ? Quels enjeux pour ma sexualité ??

Mon corps, ma vie, mon choix ? Quels enjeux pour ma sexualité ?

Il est bon lorsqu'on s'adresse à une assemblée et lorsque l'orateur n'a pas forcément de titres académiques ou ecclésiastiques qui le cadrent, qu'il puisse quelque peu situer son propos. C'est en tant que femme, mère de famille, m'initiant aux enjeux de la bioéthique depuis 7 ans, et encore en formation, en contact avec des familles, des jeunes et moins jeunes pour écouter leurs questionnements mais aussi en provoquer, que je m'adresse à vous aujourd'hui.
Mon exposé aura donc ses limites : je vous livrerai tout simplement quelques réflexions qui me motivent aujourd'hui en tant que femme, épouse et mère de famille.

Ecologie du corps et féminisme est le thème de la journée.
Pourquoi parler du corps ? Comment une certaine vision du corps a-t-elle un impact sur la culture de la vie? N'est-ce pas plutôt la culture qui a un impact sur notre corps, sur notre vie ? Cela vaut-il vraiment la peine de philosopher et de décrypter certains courants de pensée pour comprendre leur impact anthropologique ? Que fait-on de l'homme, et aujourd'hui, permettez-moi de dire, qu'a-t-on fait de la femme ? Le féminisme joue-t-il un rôle tellement important pour que cette université d'été y consacre un jour entier?

Introduction : un regard dans le « rétroviseur »

1. Impact du féminisme radical :

Durant l'époque préindustrielle, les gens vivaient en effet selon un concept large de la famille. Une famille type était composée de plusieurs générations: le couple avec plusieurs enfants (et souvent beaucoup), les grands-parents et quelque autre parent. Les hommes travaillaient aux champs et la mère de famille s'occupait de la gestion et de l'administration du foyer, éduquait les enfants et participait aussi aux divers travaux pouvant aller de l'aide aux champs jusqu'au commerce. Dans cette organisation de la vie quotidienne, la femme occupait un rôle central : autour d'elle gravitait la vie de chacun des membres de la maison. A son autorité dans le foyer, se soumettaient non seulement les enfants, mais aussi les adultes.

La Révolution Industrielle apporta des changements majeurs dans cette organisation : les hommes de la famille durent partir à l'usine, à la ville, ou dans les colonies. Il leur fut nécessaire de se former pour affronter les exigences de la modernité et ainsi, pouvoir assumer les activités sociales principales, c'est-à-dire l'Etat, la science et l'économie.
La mentalité ambiante des hommes écarta la possibilité pour les femmes d'accéder à ces domaines. La femme resta seule chez elle, s'occupant des enfants et des personnes âgées.

Au cours des premières années du XIXe siècle, à l'aube de la démocratie, les femmes ne pouvaient ni voter, ni occuper un poste public, ni posséder des propriétés, ni s'occuper de commerce, ni encore ouvrir de compte bancaire. Le code civil posa de grandes limites aux femmes, les considérant comme mineures devant la loi.

C'est alors qu'un groupe de femmes, conscientes de leur situation marginalisée, et injuste, commencèrent à réclamer des réformes. Les premiers mouvements féministes, généralement menés par des femmes de la classe moyenne ont défendu l'égalité des droits de la femme et de l'homme, et revendiqué sa présence dans le monde de l'Etat, de l'éducation et de l'économie.

Nous reconnaissons tous et toutes que cette évolution et prise de conscience de l'égalité en dignité de l'homme et de la femme a eu des effets positifs, éliminant certaines discriminations sociales.
Oui, le féminisme a eu de très bons résultats en matière de droits.

Mais il y a aussi dans ce féminisme un certain côté revendicateur, militantiste parfois, qui a sans doute mal compris ce que pouvait être la véritable égalité entre l'homme et la femme. Pour ces féministes radicales, il convenait de prendre sa revanche, de combattre (combat féministe), d'écraser l'homme, de le supplanter, de faire aussi bien sinon mieux que lui.
Il s'agissait, et il s'agit parfois encore aujourd'hui, de s'approprier les caractéristiques masculines et de les intégrer dans la personnalité de la femme.
Simone de Beauvoir n'a-t-elle pas dit : « On ne naît pas femme, on le devient » ?

Ces féministes-là n'ont pas fait la promotion de la femme en tant que femme, mais en tant que « clone » de l'homme. La femme s'opposant à l'homme, elle n'est plus sa compagne, son vis-à-vis. Elle se place en opposition et en concurrente de l'homme. Au nom de cette égalité n'en est-on pas venu à vouloir gommer les différences objectives entre les deux sexes, à les nier ?
Nier les différences physiques et leurs implications, malgré l'évidence objective de nos corps sexués et différents. Ne lit-on pas que les femmes sont handicapées dans leur carrière professionnelle par leur maternité ?
Vouloir gommer aussi les différences psychologiques, ou prétendre qu'elles sont culturelles.

Dans ce climat de compétition, de combat, est-il encore aisé de parler d'amour et de relations paisibles ? Ne se place-t-on pas aussi dans les relations amoureuses dans un rapport de domination ? Ou de rejet de domination, oubliant la dimension de don et de communion tellement naturelle entre l'homme et la femme ?

Ceci est un premier point : s'il a eu des fruits positifs, le féminisme a sans doute modifié et blessé la nature de la femme et de là, les rapports homme/femme. Le féminisme radical a incité les femmes à rejeter ce qui fait leur spécificité propre.

Se pose alors la question suivante :
Si le corps de la femme et sa maternité l'empêche d'être l'égale de l'homme, comment minimiser au maximum ces « éléments », qui, tout en étant objectifs, sont perçus comme handicapants ?

En faisant appel au dualisme corps/esprit, le féminisme radical a tenté de trouver la solution.

2. Dualisme corps / esprit :
Au point de vue de la sexualité, voici ce qui a été dit.
Quel que soit mon corps, je peux choisir mon identité sexuelle et la façon dont je veux exercer ma sexualité. En d'autres mots, ma personne, mon esprit ne sont pas conditionnés par mon corps. Ce corps n'est qu'une donnée biologique. La séparation homme / femme et le schéma de la famille traditionnelle, sont tout à fait culturels, résultat d'un héritage judéo-chrétien dont il s'agit de se libérer pour être enfin vraiment libre.

Les féministes radicales en sont venues à dire qu'homme ou femme, nous ne sommes pas déterminés par nos corps qui ne sont qu'une enveloppe biologique extérieure. Et puisque la sexualité attachée à ce corps est une donnée culturelle, libre à chacun de changer la culture : on peut choisir d'être homosexuel, hétéro, bi ou transsexuel.
La notion du gender s'étend par ce discours comme une pieuvre dans notre mode de pensée, jusque dans nos écoles, en passant par les centres de planning familial pour tout ce qui est de l'éducation à la vie affective et sexuelle des enfants.

Voilà donc établie la cassure entre l'être intérieur, le corps et la façon d'exercer sa sexualité.
Mais il reste ce handicap de la fécondité à maîtriser.
Pour libérer la femme, il fallait lui donner les moyens de gérer ce qui la distinguait foncièrement de l'homme et qui pour les féministes était l'obstacle majeur : sa fécondité, sa maternité.

3. La découverte des moyens contraceptifs : c'est l'exercice du sexe sans enfant.

Etudiant l'appareil génital féminin, les scientifiques ont entrepris d'observer la vie naissante. La mise au point de la pilule contraceptive notamment, a permis aux femmes et aux hommes de maîtriser leur fécondité.
Ceci constitue une rupture plus importante que ce qu'il n'y paraît. Ce faisant, on en est arrivé à dissocier dans l'acte d'amour, la sexualité de la procréation.
Il devenait possible par la pilule (il faut dire que ce sont les hommes qui l'ont inventée pour les femmes) d'avoir des relations sexuelles, sans « risque » de grossesses.
Notez que cela a été perçu par la majorité comme un progrès scientifique heureux. Les médias et les firmes pharmaceutiques ont veillé à faire accepter comme une libération pour le couple l'utilisation de moyens contraceptifs.
Il est devenu normal de prendre la pilule, et c'est de bonne foi que nous avons suivi le conseil de nos gynécologues.
On ne nous a pas parlé des effets secondaires néfastes pour notre santé, on ne nous a pas dit que la pilule contraceptive dans certains cas pouvait aussi empêcher la nidation d'un ovule déjà fécondé et donc, provoquer un avortement. Combien de femmes de bonne foi, portent un stérilet, et ignorent que cela provoque un avortement en leur corps ?
Est-ce vraiment rendre la femme libre que de la mettre sous pilule ? Est-ce là ce qu'on entend par écologie du corps ? La contraception ne blesse-t-elle pas la femme au plus profond d'elle-même ? La femme croyant se libérer de ce qui est en elle naturel, n'est-elle pas dans certains cas, devenue femme objet ?
La suite logique de la pilule dans le cadre de la mentalité contraceptive, et cela a été très vite vérifié, est l'avortement.

Par la généralisation des moyens contraceptifs, voilà que s'opérait sans en avoir l'air la dislocation entre procréation et sexualité, au sein du couple unis dans un acte d'amour.

Et pas seulement une dislocation entre procréation et sexualité. On a assisté sans trop s'en rendre compte à une désintégration, une déflagration des 4 piliers fondamentaux et constitutifs de ce qui fait la famille : l'institution du mariage, l'amour, la sexualité et la procréation.
N'-a-ton pas entendu que l'amour n'avait pas besoin du cade institutionnel pour se développer et même, que dans certains cas, le mariage éteignait l'amour : l'amour sans l'institution.
Il est aussi devenu possible d'exercer sa sexualité sans forcément aimer le partenaire : la sexualité sans amour
Avec la découverte des moyens contraceptifs, les couples ont pu vivre leur sexualité sans se poser la question de la procréation : sexe sans enfants
Et finalement, on assiste aussi lors d'un recours à la procréation médicale, à une forme de « procréation » sans sexualité : l'enfant sans sexe
Vous entendez ce petit mot de 4 lettres SANS. Cela ne veut-il pas dire qu'en dissociant 4 piliers fondamentaux de la famille, on se prive de quelque chose ? De l'essentiel combiné ?

Il convient de souligner que ce combat féministe et ce dualisme corps/esprit a été mené au nom de la liberté. La libération de la femme...
En 2008 aujourd'hui, 82% des femmes en âge de procréer dans nos pays, des millions de femmes, prennent la pilule. Il semble paraître à beaucoup tout à fait illusoire de vouloir faire marche arrière, tellement la contraception est entrée dans les m½urs.
Et pourtant, on assiste peu à peu à une véritable prise de conscience chez certaines femmes qui pressentent un plus de bonheur possible dans leur couple, sans les moyens contraceptifs.
C'est un chemin dans la patience de rééducation pour plus de liberté.
Au-delà de se libérer de la prise quotidienne d'un comprimé, il y a une nouvelle respiration en couple qui est à l'horizon.
Plusieurs d'entre nous utilisent peut être ou ont utilisé des moyens contraceptifs et se sentent mal à l'aise, irrités et même révoltés, par mes propos. J'en suis consciente.
A tous ceux-là, j'ose dire qu'un autre chemin est possible; le tout est de commencer à marcher avec d'autres sur ce nouveau chemin, qui ne se résume pas à l'abandon de la prise d'un comprimé, ni à l'apprentissage des méthodes dites « naturelles ». C'est un chemin d'amour et de parole, en couple, peu à peu, un travail de déformattage, une nouvelle façon de voir l'acte sexuel entre époux où la communion des corps révèle la communion des personnes en toute leur unité : corps, esprit et c½ur.

Il revient aux adultes responsables et en quête de vérité, d'avoir une idée claire sur un acte, un jugement perspicace et en vérité. Pas seulement sincère, mais en vérité. Une chose est de juger un acte, une autre d'exprimer un jugement sur une personne.
Qui serions-nous pour juger une femme, un couple qui a son histoire et qui est en chemin ?
Ce que j'exprimerai donc est relatif aux actes.
Ces précautions oratoires étant faites...

Quelle est l'anthropologie qui soutient ce chemin de relations entre un homme et une femme, engagés dans le mariage, décidés à fonder dans l'amour une famille stable ?
Oui, nous allons parler d'amour.

Mon corps, ma vie, mon choix : enjeux pour ma sexualité

I. Mon corps comme langage du sacré
Comme les animaux, nous avons un corps. Mais la signification de notre corps humain est différente de celle d'un animal, malgré ce que certains courants de pensée, posthumanisme et Peter Singer, essayent de nous faire croire, comme quoi les êtres humains ne seraient qu'une continuation du règne animal. Sans être expert en philosophie, le bon sens nous dit que notre capacité de penser et d'entrer en relation nous différencie fondamentalement des animaux.
De plus, le dualisme dont nous faisions mention, a tendance, pour sa part, à dissocier le corps de l'âme. Ce corps apparaît à certains comme un frein, une enveloppe, quelque chose d'impur, dont il faudrait se libérer, pour être plus « parfait ». Platon ne disait-il pas : le corps est une prison pour l'âme.
Dans le bouddhisme, par exemple, certains aspects appellent l'homme à se détacher d'un monde par essence mauvais et source de malheurs. Ce détachement commence par celui des contraintes physiques et corporelles : le corps est alors mis en accusation ou du moins est-il considéré comme un objet encombrant dont il faut se dégager.

Ce que nous avons à découvrir, par l'anthropologie personnaliste, c'est que notre corps renferme un mystère. Mystère, ne veut pas dire problème. Un mystère n'est pas une énigme à résoudre. Il convient de l'accueillir, le découvrir, le laisser se dire, et finalement, le contempler.
Il y a un véritable chemin de vie à comprendre le vrai sens du corps comme langage unique de la personne. Il n'est pas uniquement matière qui se dissèque et se résume aux 60.000 milliards de cellules, qui à l'origine, n'étaient que 6 cellules issues de la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde. Le corps est plus que matière, plus qu'un ensemble d'organes, de tissus et fonctions. « Il ne peut être évalué de la même manière que le corps des animaux, (...) il est partie constitutive de la personne qui se manifeste et s'exprime à travers lui. »

Le corps n'est pas un chose ; la personne est dans son corps. Ce corps est le premier lieu de liberté de la personne. Pensons aux prisonniers, aux persécutés, aux personnes abusées. Toucher à leur corps, c'est toucher à leur personne.
Il ne s'agit pas de séparer le corps de l'esprit, en disant, je peux faire ce que je veux avec mon corps, telles les féministes radicales. Contrairement à cette idéologie du gender, ce corps n'est pas une donnée biologique insignifiante; il est «une composante fondamentale de la personnalité, une de ses façons d'exister, de se manifester, de communiquer avec les autres, de ressentir, d'exprimer et de vivre l'amour humain» .
Benoît XVI a dit récemment : « il ne s'agit aucunement de vouloir s'émanciper de son propre corps, de le limiter à la seule sphère biologique. Cela amènerait l'homme à sa propre destruction. »
Cela change tout d'envisager la personne avec ce regard où le corps et l'âme sont indissociables, et ce corps qui est le mien doit pouvoir dire qui je suis, et ce que je suis au plus profond de moi-même, sans jamais pouvoir tout à fait se dire. Or, la philosophie est pauvre pour nous faire découvrir ce mystère du corps, c'est pourquoi pour certains, la théologie, par la Révélation peut aider à comprendre la beauté du mystère de la création de la personne, de l'homme et de son aide, la femme. Le corps fait signe du sacré en lui, parce qu'il en dit le mystère, qui renvoie au-delà de lui.

Cette dimension invisible relève d'un mystère infini et nous appelle à une destinée d'amour.
Oui, nous pouvons connaître et aimer. Nous entrons en relation avec nos semblables et pouvons identifier en nous ce qui est instincts et pulsions, et décider de les contrôler. Nous sommes un composé, une unité de visible et d'invisible.
On le sait aujourd'hui, le statut du corps tout comme le statut de l'embryon, est au centre des débats bioéthiques, tels ceux sur l'avortement, l'euthanasie, le don d'organes, le moment de la mort, mais aussi la sexualité pour n'en nommer que quelques-uns. Statuer sur le sort que l'on peut techniquement ou médicalement réserver au corps représente un enjeu éthique et anthropologique fondamental, puisque ce qui est en cause, c'est le sens même de la personne humaine, le sens même de la vie. Culture of life.
La personne unifiée corps et esprit, n'a pas sa fin en elle-même, ni en son esprit, ni en son corps. Elle est habitée d'une soif qu'elle ne peut assouvir par elle-même, nous orientant vers ce qu'il y a de plus essentiel en nous. Ce qui nous amène à notre deuxième point




II : ma vie ? L'amour comme vocation de la personne dans sa capacité à se donner

Un micro-trottoir vous dira que chacun vit avant tout et d'abord pour l'amour. Il y a un désir d'amour vrai en tout être humain. Et cela quelles que soient ses convictions philosophiques ou religieuses.
Ce n'est pas sur le plan intellectuel ni physique que ce désir d'amour infini peut être comblé.
C'est dans le DON TOTAL de nous-même tout entier. Aimer une personne signifie d'abord se donner à elle.

Jean-Paul II a exprimé cela clairement en développant ses catéchèses du mercredi et ce qu'on appelle aujourd'hui la théologie du corps. C'est parce que l'homme et la femme se perçoivent différents spirituellement, affectivement, psychologiquement, physiquement, sexuellement, tout en étant l'un et l'autre des personnes, qu'il peut y avoir complémentarité et de là, totale communion.
Pourquoi l'homme et la femme ont-ils des corps différents ?
N'est-ce pas pour souligner cet appel indéfectible à la communion des corps, révélant la communion des personnes ? N'est-il pas bon de s'extasier sur la vocation conjugale du corps des époux ? Conjugal voudrait-il dire invitation à conjuguer nos différences ?
Cela voudrait-il dire que la différence sexuelle est constitutive de la personne et la définit de manière ESSENTIELLE, dans son essence ? Oui, nous sommes homme ou nous sommes femme, dans TOUTES les dimensions de notre être, de notre personne.
Et donc, aux hommes et aux femmes, il nous revient d'abord redécouvrir notre grâce propre et notre vocation à la complémentarité. A nous les femmes d'occuper notre juste place, et d'être attentive aux pièges et à la mode du féminisme radical ! Nous n'avons pas à être des hommes clonés ou génétiquement modifiés.
Unicité, complémentarité de l'homme et de la femme et réciprocité des époux dans le don total d'eux-mêmes.
Appelés à l'amour et à la communion, l'homme et la femme perçoivent la richesse de leurs différences, qui les ouvrent vers l'autre au lieu de les enfermer sur eux-mêmes dans un nombrilisme morbide. Reconnaissant leurs différences ontologiques, ils peuvent alors se reconnaître complémentaires et oser orienter leur communion par le don à 100%.
Oui, l'amour comme don de soi est le fondement du lien sacré du mariage. C'est en se donnant que les personnes peuvent atteindre la pleine réalisation de ce qu'elles sont en tant que personnes, corps et esprit. On donne peu à peu, on apprend petit à petit le langage de l'amour, et le don est toujours à faire car nous sommes toujours et à jamais, des débutants en amour.

Si la sexualité est le langage du corps pour exprimer l'amour comme le don réciproque de deux personnes dans le mariage, alors elle ne peut être un acte par hasard, en passant, soumis à un instinct et à des pulsions. Et dans cette perspective, nous pouvons affirmer avec joie que l'acte sexuel entre époux se doit d'avoir deux dimensions essentielles et indissociables, à 100% : l'acte sexuel est unitif ET procréatif.
Cette communion des corps de deux personnes, qui déborde en un « sur-don », l'enfant, est la véritable réalité de l'amour. Vivant ce don de leur corps dans le mariage, leur enfant est ainsi la preuve vivante en leurs chairs unifiées de la réalité-même de leur amour. Tel est le « berceau anthropologique » auquel tout enfant a droit. L'amour est fécond, il est réel, il s'incarne dans une nouvelle vie née de la communion par la chair de deux personnes.
Expliqué de cette façon, et contemplant la beauté et le mystère de l'enfant-embryonnaire, craint-on encore de dire que les époux sont appelés à faire de l'acte sexuel un acte de communion, unitif et procréatif ?

Vous percevez ici combien il est important de se poser la question en couple, tout au long de nos années de mariage : Comment vivons-nous notre sexualité ? Comment parlons-nous avec notre corps ?
Et même avant l'engagement du mariage, que dit notre corps ? Est-ce toujours orienté vers langage de l'amour ? Galvaudons-nous ce corps, le donnons-nous en pâture aux regards et aux gestes de monsieur tout le monde ? On pense ici à l'habillement à la pudeur ? Mes vêtements me disent-ils femme ?
Comment appréhendons-nous ce qui obscurcit la beauté de la sexualité : est-ce que j'utilise l'autre pour mon propre plaisir ? Est-ce que je me soumets à son désir, parce qu'il faut bien passer par-là ? Y a-t-il en notre couple des virus tel celui de la pornographie ou de l'infidélité, ne fusse qu'en pensée?

Aimer avec son corps et en son corps selon notre vocation à l'amour et à la communion dans le don réciproque et total est une aventure qui dure toute la vie, qui évolue selon les âges de la vie, et c'est cela qui est passionnant.
La communion suppose l'intégralité du langage des corps, langage total et vrai. Si j'enlève un petit peu au tout, l'acte n'est plus complet, je ne peux atteindre la vérité plénière de la personne. Je me donne à toi à 100%, cela veut dire gamètes comprises et sans barrière ni techniques ni chimiques. La vérité du don est à ce prix !
Si ce n'est pas le cas, si je recours à des moyens contraceptifs, il peut y avoir une union corporelle mais pas une communion de personnes.

Et comme je l'ai déjà souligné, ceci est un chemin. Ne nous culpabilisons pas si nous sommes en couple, en route sur ce chemin. L'important est de marcher, de se laisser interpeller et peut être de se laisser déranger dans ses habitudes. Mais au moins savoir où est le but, vers où allons-nous ?

Si nous adhérons à cette façon de voir le corps, alors nous comprenons mieux comment souvent les techniques médicales qui interfèrent dans le don des corps dans un acte unitif, peuvent blesser la relation entre les conjoints. Cela nous amène à évoquer les moyens contraceptifs et les techniques de procréation médicalement assistée (PMA)

lII. Enjeux pour ma sexualité ? L'amour blessé: la contraception et les PMA

Le fondement de l'amour, c'est de ne jamais user de l'autre, (et comprenons que le premier « autre » est soi-même), ne jamais l'instrumentaliser car en l'instrumentalisant, je le chosifie, je porte atteinte à son statut de personne, je le ravale au rang de moyen et d'objet. Aimer, ce n'est pas utiliser.
Le courant de pensée personnaliste s'oppose ici au courant utilitariste.
Et par exemple : comment cet utilitarisme pourrait-il abîmer la relation de couple ?
Hédonisme
il se peut que pour certains couples, la relation sexuelle soit orientée uniquement vers le plaisir. Ton corps me permet de jouir, et tu peux prendre mon corps pour avoir aussi du plaisir. En recherchant avant tout le plaisir, fut-il partagé, on instrumentalise le corps. Le gender va jusqu'à l'extrême en faisant de la recherche du plaisir le moteur de toute relation sexuelle, autorisant au nom de ce maximum de plaisir, le dieu plaisir, les déviances les plus extrêmes. C'est tout différent un couple qui voulant se manifester par des gestes et par leur corps leur amour et communion, puisse par là, goûter le plaisir sexuel. Ils s'unissent pour se manifester leur amour, et non d'abord pour éprouver du plaisir.

Procréatisme
On assiste aujourd'hui aussi à un autre biais de l'utilitarisme dans un couple: le procréatisme : l'acte sexuel est alors utilisé uniquement pour procréer. Et lorsque le fruit de leur union se fait attendre ou en cas de problème d'infécondité, on en arrive à voir certains couples, sous la pression médicale et les performances scientifiques, utiliser leur corps, leur gamètes, et se laisser utiliser pour permettre aux techniciens médicaux de leur « produire » un enfant. Je me sers de ton corps, de tes gamètes pour donner aux techniciens médicaux le matériel pour me, nous, faire un enfant. (PMA). Et même si c'est au nom de l'amour, et pour l'amour, cela doit nous interpeller quant aux moyens mis en ½uvre. Dans les techniques de PMA, on assiste à l'effacement du couple au moment de l'étincelle de vie. L'instrumentalisation de l'usager, du patient a désacralisé l'acte sexuel. L'homme se trouve déstabilisé avec un sentiment d'une intimité dépouillée et exposée. D'un côté l'érotique fait intrusion dans l'univers hospitalier avec la production de sperme sur commande, et de l'autre, le bio-médical fait intrusion dans l'intimité sexuelle.

Le témoignage d'une épouse ? «Depuis longtemps je n'ai plus le sentiment de faire un bébé avec mon mari. L'homme dans la FIV est réduit à l'état de sperme. Il donne ses spermatozoïdes. Un point c'est tout...A tel point que j'ai parfois l'impression étrange et désagréable de fabriquer un bébé avec le médecin plutôt qu'avec mon mari. »

Voyez comment le corps peut être instrumentalisé pour deux fins différentes. D'un côté le plaisir pour le plaisir, de l'autre à des fins de procréation.
Nous aimons rappeler que par leur corps, les époux ne forment qu'une seule chair. Ce qui fait leur personne, se dit par leur corps dans cette union, le don qu'ils se font l'un à l'autre : « Je me donne à toi » « Je te reçois » Ce sont les paroles de leur sacrement de mariage.
C'est tout à fait différent que de dire : prends mon corps, je prends le tien. Ou même, servons-nous de nos gamètes pour produire un enfant.
Cette façon d'exprimer les choses est des plus crue et révoltante, et pourtant ce sont presque les termes utilisés dans la loi sur la PMA en Belgique, où l'embryon est considéré comme un bien marchand au même titre qu'un kilo de petits pois.
Dans le milieu asceptisé de l'hôpital, le sacré n'a pas sa place. Le mystère de la conception de l'embryon dans l'échange d'un corps à corps, est absent. L'acte est technique, fut-il entouré de tendresse.

Dans l'acte sexuel, c'est au contraire toute ma personne qui, dans cette union unique s'offre à l'autre. C'est la signification première de l'acte sexuel. Je me donne à toi, avec tout ce qui fait ma vie, ce que je suis, pour toujours, sans limite, ni contraceptives, ni affectives.
Et nous savons tous que c'est un chemin, que les jeunes mariés et les moins jeunes ont à se découvrir dans ce don réciproque. Cela prend du temps. Et qu'il y a aussi pour certains couples énormément de souffrance pour ces époux qui sont inexplicablement privés d'un enfant, fruit de leur amour.
Et c'est ici que l'on peut percevoir la dimension plénière qu'est le don. Un don à découvrir et qui est parfois renoncement douloureux, surtout dans le cas l'enfant se fait attendre.
Et de là, nulle question du droit à l'enfant. L'enfant, est un don et non un dû.
Or, nous savons que l'homme et la femme ont du mal à recevoir. Nous préférons prendre, maîtriser pour ne pas manquer. Maîtriser l'objet de notre désir, ici l'enfant.
Maîtriser la conception et aussi le moment de la conception.
Maîtriser les « spécifications » génétiques de l'enfant, jusqu'à faire tout pour avoir un enfant comme je veux.
N'est-il pas ainsi évident que les techniques de PMA , tout comme la mentalité contraceptive, ont un impact sur notre culture: elles modifient fondamentalement notre vision de l'enfant, du corps, de l'amour, de la famille, du don.
Il faut oser aller au-delà des solutions techniques pour se questionner quant à l'impact anthropologique des solutions apportées par ces mêmes techniques. Ne convient-il pas de s'interroger aussi sur la main mise que nous aurions tendance à poser sur la vie, de son tout début?
Combien de temps faudra-t-il encore pour que nous comprenions que les exigences qui découlent de la foi chrétienne et de l'anthropologie personnaliste ne sont pas réductibles à une somme d'interdits et de négations ? Au contraire, elles sont tout entières orientées vers la réalisation de la plus positive des finalités : la vie. On ne planifie pas la vie. On ne manipule pas la vie. On ne fait pas d'expérience sur la vie. La vie transcende toutes les législations. Elle transcende toutes les organisations sociales. Elle est le critère de toute éthique. S'en prendre à la vie, c'est s'en prendre à Dieu !


IV. Maîtriser ou lâcher prise ?

Mon choix ?
On ne peut être tout à fait en amour, en vérité en communion que si l'on est 100% libre.
De là, l'invitation murmurée à chacun : Qu'est-ce que la liberté ?
S'il y a une chose dont nous devons être convaincus, c'est que la liberté est plus que le simple fait de pouvoir choisir selon notre désir, nos pulsions ou même notre intelligence.
Certes nous faisons des choix, et il est important que nous les fassions bien. Ce dont il s'agit, c'est aussi d'un consentement à lâcher prise sur notre vie. A travers nos choix, nous pouvons maîtriser les choses, et à l'excès, cette maîtrise des choix, loin d'être révélatrice de la liberté, serait plutôt l'indice d'un esclavage déguisé. Nous pouvons devenir des esclaves de la volonté de vouloir tout maîtriser.
Ce n'est plus alors la liberté, mais l'illusion. En privilégiant le choix individuel – ce que « je veux faire » avec mon corps et avec ma vie – je peux en arriver à étouffer ma liberté. Au contraire, la liberté vise au « lâcher prise ». Dans l'amour, il s'agit de se livrer dans le don à l'autre, sans savoir où cela nous amène, de manière à atteindre notre vraie humanité. Et cette maturité dans la démaîtrise et le don à l'autre, engendre la vraie liberté.
Dans un amour qui se construit, la liberté trouve son expression et son sens le plus complet quand nous faisons don de nous même à l'autre.
Pas un don à 10%, ni à 50% . Mais un don à 100% !








Conclusion :

Le corps dit la personne - Personne faite pour l'amour - Le corps exprime cet amour par la sexualité - Aimer pour se donner est note vocation, corps et âme.

Une valeur universellement reconnue et désirée qui met tout le monde d'accord, quelles que soient les convictions : je veux aimer et être aimé ! L'amour. Le tout est de voir si tous les chemins mènent au vrai amour. Et il est bon de réfléchir sur le cadre « idéal » dans lequel une telle exigence universelle peut vraiment se construire. Cadre idéal, car construire l'amour, est un chemin qui prend toute une vie, bien des erreurs et des souffrances parfois. On parle beaucoup de donner des repères. Oui, il est bon et prudent de voir dans quel cadre nous vivons aujourd'hui. Quels courants d'idées ? Quel héritage du passé ? Quels enjeux et bombes à retardement convient-il de désamorcer ?
Nous avons abordé l'impact sur notre culture et nos vies du féminisme radical et du gender, de l'utilitarisme. Lors de cette université d'été, nous avons beaucoup parlé de la famille, comme socle stable et valeur sûre de la société, de l'humanité. Quelle famille voulons-nous?
La famille basée sur l'engagement durable de l'amour d'un homme et d'une femme, qui aiment en se donnant corps et âme, en tant que personne. Le corps et l'esprit ne font qu'un. Aucun dualisme n'est possible. Ce corps est le langage de la personne, qui par sa sexualité exprime son désir de communier et de se donner totalement à l'autre pour le faire grandir.
Mon corps doit apprendre à parler à s'exprimer et à décrypter dans cette relation qui se construit peu à peu, et cela est essentiel que cela prenne du temps (on livre un bout du mystère que l'on est, et on entreprend peu à peu de décrypter le mystère qu'est l'autre). Tout comme un enfant doit apprendre à parler, notre corps par la sexualité doit apprendre à dire l'amour.
A vouloir aller trop vite, on risque de rater l'essentiel, d'abîmer l'autre en son mystère.
A s'essayer avec différents partenaires, la personne se blesse en son être ; elle laisse des petits bouts d'elle-même au fil des rencontres, elle n'est plus une.

Hommes et femmes nous avons à nous émerveiller sur nos différences ontologiques. Elles nous permettent d'être complémentaires l'un à l'autre, et dans la communion de nos personnes corps et esprit, oser nous donner totalement à 100% dans le « lâcher prise » De cet acte d'amour où les corps s'unissent, le don est total, et ainsi, peut-il se révéler et s'incarner dans le « sur-don » qu'est l'enfant, fruit de leur communion.
Quoi de plus merveilleux pour nous les femmes, lorsque le Saint Père nous interpelle et nous rappelle notre vocation de femme.
Avant de terminer par une dernière citation, je voudrai vous confier, que cette réflexion qui a été la mienne ci-dessus a été forgée d'année en année, de rencontres en rencontres, avec certaines personnes bien spécifiques : ces personnes sont certains prêtres et professeurs qui par leur recherche de la vérité, leur célibat consacré, leur vie donnée et le ministère qui est le leur dans les sacrements, rendent possible pour une épouse de marcher, de tomber, de se relever, guidée par la « Splendeur de la Vérité »

JPII aimait parler aux femmes ; il avait compris le rôle unique qu'elles ont. Et toute la théologie du corps est un antidote au poison du féminisme radical. Il leur a même réservé une de ses dernières paroles, comme un testament, en disant à Lourdes, le dimanche 15 août 2004 :
Femmes vous êtes « témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu'avec les yeux du coeur. A vous, les femmes, il revient d'être sentinelles de l'Invisible ! »
Mesdemoiselles, mesdames, c'est ce que je nous souhaite pour la culture de la vie.

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# Posté le jeudi 26 février 2009 05:13