Mon corps, ma vie, mon choix ? Quels enjeux pour ma sexualité ?
Il est bon lorsqu'on s'adresse à une assemblée et lorsque l'orateur n'a pas forcément de titres académiques ou ecclésiastiques qui le cadrent, qu'il puisse quelque peu situer son propos. C'est en tant que femme, mère de famille, m'initiant aux enjeux de la bioéthique depuis 7 ans, et encore en formation, en contact avec des familles, des jeunes et moins jeunes pour écouter leurs questionnements mais aussi en provoquer, que je m'adresse à vous aujourd'hui.
Mon exposé aura donc ses limites : je vous livrerai tout simplement quelques réflexions qui me motivent aujourd'hui en tant que femme, épouse et mère de famille.
Ecologie du corps et féminisme est le thème de la journée.
Pourquoi parler du corps ? Comment une certaine vision du corps a-t-elle un impact sur la culture de la vie? N'est-ce pas plutôt la culture qui a un impact sur notre corps, sur notre vie ? Cela vaut-il vraiment la peine de philosopher et de décrypter certains courants de pensée pour comprendre leur impact anthropologique ? Que fait-on de l'homme, et aujourd'hui, permettez-moi de dire, qu'a-t-on fait de la femme ? Le féminisme joue-t-il un rôle tellement important pour que cette université d'été y consacre un jour entier?
Introduction : un regard dans le « rétroviseur »1. Impact du féminisme radical :Durant l'époque préindustrielle, les gens vivaient en effet selon un concept large de la famille. Une famille type était composée de plusieurs générations: le couple avec plusieurs enfants (et souvent beaucoup), les grands-parents et quelque autre parent. Les hommes travaillaient aux champs et la mère de famille s'occupait de la gestion et de l'administration du foyer, éduquait les enfants et participait aussi aux divers travaux pouvant aller de l'aide aux champs jusqu'au commerce. Dans cette organisation de la vie quotidienne, la femme occupait un rôle central : autour d'elle gravitait la vie de chacun des membres de la maison. A son autorité dans le foyer, se soumettaient non seulement les enfants, mais aussi les adultes.
La Révolution Industrielle apporta des changements majeurs dans cette organisation : les hommes de la famille durent partir à l'usine, à la ville, ou dans les colonies. Il leur fut nécessaire de se former pour affronter les exigences de la modernité et ainsi, pouvoir assumer les activités sociales principales, c'est-à-dire l'Etat, la science et l'économie.
La mentalité ambiante des hommes écarta la possibilité pour les femmes d'accéder à ces domaines. La femme resta seule chez elle, s'occupant des enfants et des personnes âgées.
Au cours des premières années du XIXe siècle, à l'aube de la démocratie, les femmes ne pouvaient ni voter, ni occuper un poste public, ni posséder des propriétés, ni s'occuper de commerce, ni encore ouvrir de compte bancaire. Le code civil posa de grandes limites aux femmes, les considérant comme mineures devant la loi.
C'est alors qu'un groupe de femmes, conscientes de leur situation marginalisée, et injuste, commencèrent à réclamer des réformes. Les premiers mouvements féministes, généralement menés par des femmes de la classe moyenne ont défendu l'égalité des droits de la femme et de l'homme, et revendiqué sa présence dans le monde de l'Etat, de l'éducation et de l'économie.
Nous reconnaissons tous et toutes que cette évolution et prise de conscience de l'égalité en dignité de l'homme et de la femme a eu des effets positifs, éliminant certaines discriminations sociales.
Oui, le féminisme a eu de très bons résultats en matière de droits.
Mais il y a aussi dans ce féminisme un certain côté revendicateur, militantiste parfois, qui a sans doute mal compris ce que pouvait être la véritable égalité entre l'homme et la femme. Pour ces féministes radicales, il convenait de prendre sa revanche, de combattre (combat féministe), d'écraser l'homme, de le supplanter, de faire aussi bien sinon mieux que lui.
Il s'agissait, et il s'agit parfois encore aujourd'hui, de s'approprier les caractéristiques masculines et de les intégrer dans la personnalité de la femme.
Simone de Beauvoir n'a-t-elle pas dit : « On ne naît pas femme, on le devient » ?
Ces féministes-là n'ont pas fait la promotion de la femme en tant que femme, mais en tant que « clone » de l'homme. La femme s'opposant à l'homme, elle n'est plus sa compagne, son vis-à-vis. Elle se place en opposition et en concurrente de l'homme. Au nom de cette égalité n'en est-on pas venu à vouloir gommer les différences objectives entre les deux sexes, à les nier ?
Nier les différences physiques et leurs implications, malgré l'évidence objective de nos corps sexués et différents. Ne lit-on pas que les femmes sont handicapées dans leur carrière professionnelle par leur maternité ?
Vouloir gommer aussi les différences psychologiques, ou prétendre qu'elles sont culturelles.
Dans ce climat de compétition, de combat, est-il encore aisé de parler d'amour et de relations paisibles ? Ne se place-t-on pas aussi dans les relations amoureuses dans un rapport de domination ? Ou de rejet de domination, oubliant la dimension de don et de communion tellement naturelle entre l'homme et la femme ?
Ceci est un premier point : s'il a eu des fruits positifs, le féminisme a sans doute modifié et blessé la nature de la femme et de là, les rapports homme/femme. Le féminisme radical a incité les femmes à rejeter ce qui fait leur spécificité propre.
Se pose alors la question suivante :
Si le corps de la femme et sa maternité l'empêche d'être l'égale de l'homme, comment minimiser au maximum ces « éléments », qui, tout en étant objectifs, sont perçus comme handicapants ?
En faisant appel au dualisme corps/esprit, le féminisme radical a tenté de trouver la solution.
2. Dualisme corps / esprit :Au point de vue de la sexualité, voici ce qui a été dit.
Quel que soit mon corps, je peux choisir mon identité sexuelle et la façon dont je veux exercer ma sexualité. En d'autres mots, ma personne, mon esprit ne sont pas conditionnés par mon corps. Ce corps n'est qu'une donnée biologique. La séparation homme / femme et le schéma de la famille traditionnelle, sont tout à fait culturels, résultat d'un héritage judéo-chrétien dont il s'agit de se libérer pour être enfin vraiment libre.
Les féministes radicales en sont venues à dire qu'homme ou femme, nous ne sommes pas déterminés par nos corps qui ne sont qu'une enveloppe biologique extérieure. Et puisque la sexualité attachée à ce corps est une donnée culturelle, libre à chacun de changer la culture : on peut choisir d'être homosexuel, hétéro, bi ou transsexuel.
La notion du gender s'étend par ce discours comme une pieuvre dans notre mode de pensée, jusque dans nos écoles, en passant par les centres de planning familial pour tout ce qui est de l'éducation à la vie affective et sexuelle des enfants.
Voilà donc établie la cassure entre l'être intérieur, le corps et la façon d'exercer sa sexualité.
Mais il reste ce handicap de la fécondité à maîtriser.
Pour libérer la femme, il fallait lui donner les moyens de gérer ce qui la distinguait foncièrement de l'homme et qui pour les féministes était l'obstacle majeur : sa fécondité, sa maternité.
3. La découverte des moyens contraceptifs : c'est l'exercice du sexe sans enfant.Etudiant l'appareil génital féminin, les scientifiques ont entrepris d'observer la vie naissante. La mise au point de la pilule contraceptive notamment, a permis aux femmes et aux hommes de maîtriser leur fécondité.
Ceci constitue une rupture plus importante que ce qu'il n'y paraît. Ce faisant, on en est arrivé à dissocier dans l'acte d'amour, la sexualité de la procréation.
Il devenait possible par la pilule (il faut dire que ce sont les hommes qui l'ont inventée pour les femmes) d'avoir des relations sexuelles, sans « risque » de grossesses.
Notez que cela a été perçu par la majorité comme un progrès scientifique heureux. Les médias et les firmes pharmaceutiques ont veillé à faire accepter comme une libération pour le couple l'utilisation de moyens contraceptifs.
Il est devenu normal de prendre la pilule, et c'est de bonne foi que nous avons suivi le conseil de nos gynécologues.
On ne nous a pas parlé des effets secondaires néfastes pour notre santé, on ne nous a pas dit que la pilule contraceptive dans certains cas pouvait aussi empêcher la nidation d'un ovule déjà fécondé et donc, provoquer un avortement. Combien de femmes de bonne foi, portent un stérilet, et ignorent que cela provoque un avortement en leur corps ?
Est-ce vraiment rendre la femme libre que de la mettre sous pilule ? Est-ce là ce qu'on entend par écologie du corps ? La contraception ne blesse-t-elle pas la femme au plus profond d'elle-même ? La femme croyant se libérer de ce qui est en elle naturel, n'est-elle pas dans certains cas, devenue femme objet ?
La suite logique de la pilule dans le cadre de la mentalité contraceptive, et cela a été très vite vérifié, est l'avortement.
Par la généralisation des moyens contraceptifs, voilà que s'opérait sans en avoir l'air la dislocation entre procréation et sexualité, au sein du couple unis dans un acte d'amour.
Et pas seulement une dislocation entre procréation et sexualité. On a assisté sans trop s'en rendre compte à une désintégration, une déflagration des 4 piliers fondamentaux et constitutifs de ce qui fait la famille : l'institution du mariage, l'amour, la sexualité et la procréation.
N'-a-ton pas entendu que l'amour n'avait pas besoin du cade institutionnel pour se développer et même, que dans certains cas, le mariage éteignait l'amour : l'amour sans l'institution.
Il est aussi devenu possible d'exercer sa sexualité sans forcément aimer le partenaire : la sexualité sans amour
Avec la découverte des moyens contraceptifs, les couples ont pu vivre leur sexualité sans se poser la question de la procréation : sexe sans enfants
Et finalement, on assiste aussi lors d'un recours à la procréation médicale, à une forme de « procréation » sans sexualité : l'enfant sans sexe
Vous entendez ce petit mot de 4 lettres SANS. Cela ne veut-il pas dire qu'en dissociant 4 piliers fondamentaux de la famille, on se prive de quelque chose ? De l'essentiel combiné ?
Il convient de souligner que ce combat féministe et ce dualisme corps/esprit a été mené au nom de la liberté. La libération de la femme...
En 2008 aujourd'hui, 82% des femmes en âge de procréer dans nos pays, des millions de femmes, prennent la pilule. Il semble paraître à beaucoup tout à fait illusoire de vouloir faire marche arrière, tellement la contraception est entrée dans les m½urs.
Et pourtant, on assiste peu à peu à une véritable prise de conscience chez certaines femmes qui pressentent un plus de bonheur possible dans leur couple, sans les moyens contraceptifs.
C'est un chemin dans la patience de rééducation pour plus de liberté.
Au-delà de se libérer de la prise quotidienne d'un comprimé, il y a une nouvelle respiration en couple qui est à l'horizon.
Plusieurs d'entre nous utilisent peut être ou ont utilisé des moyens contraceptifs et se sentent mal à l'aise, irrités et même révoltés, par mes propos. J'en suis consciente.
A tous ceux-là, j'ose dire qu'un autre chemin est possible; le tout est de commencer à marcher avec d'autres sur ce nouveau chemin, qui ne se résume pas à l'abandon de la prise d'un comprimé, ni à l'apprentissage des méthodes dites « naturelles ». C'est un chemin d'amour et de parole, en couple, peu à peu, un travail de déformattage, une nouvelle façon de voir l'acte sexuel entre époux où la communion des corps révèle la communion des personnes en toute leur unité : corps, esprit et c½ur.
Il revient aux adultes responsables et en quête de vérité, d'avoir une idée claire sur un acte, un jugement perspicace et en vérité. Pas seulement sincère, mais en vérité. Une chose est de juger un acte, une autre d'exprimer un jugement sur une personne.
Qui serions-nous pour juger une femme, un couple qui a son histoire et qui est en chemin ?
Ce que j'exprimerai donc est relatif aux actes.
Ces précautions oratoires étant faites...
Quelle est l'anthropologie qui soutient ce chemin de relations entre un homme et une femme, engagés dans le mariage, décidés à fonder dans l'amour une famille stable ?
Oui, nous allons parler d'amour.
Mon corps, ma vie, mon choix : enjeux pour ma sexualitéI. Mon corps comme langage du sacréComme les animaux, nous avons un corps. Mais la signification de notre corps humain est différente de celle d'un animal, malgré ce que certains courants de pensée, posthumanisme et Peter Singer, essayent de nous faire croire, comme quoi les êtres humains ne seraient qu'une continuation du règne animal. Sans être expert en philosophie, le bon sens nous dit que notre capacité de penser et d'entrer en relation nous différencie fondamentalement des animaux.
De plus, le dualisme dont nous faisions mention, a tendance, pour sa part, à dissocier le corps de l'âme. Ce corps apparaît à certains comme un frein, une enveloppe, quelque chose d'impur, dont il faudrait se libérer, pour être plus « parfait ». Platon ne disait-il pas : le corps est une prison pour l'âme.
Dans le bouddhisme, par exemple, certains aspects appellent l'homme à se détacher d'un monde par essence mauvais et source de malheurs. Ce détachement commence par celui des contraintes physiques et corporelles : le corps est alors mis en accusation ou du moins est-il considéré comme un objet encombrant dont il faut se dégager.
Ce que nous avons à découvrir, par l'anthropologie personnaliste, c'est que notre corps renferme un mystère. Mystère, ne veut pas dire problème. Un mystère n'est pas une énigme à résoudre. Il convient de l'accueillir, le découvrir, le laisser se dire, et finalement, le contempler.
Il y a un véritable chemin de vie à comprendre le vrai sens du corps comme langage unique de la personne. Il n'est pas uniquement matière qui se dissèque et se résume aux 60.000 milliards de cellules, qui à l'origine, n'étaient que 6 cellules issues de la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde. Le corps est plus que matière, plus qu'un ensemble d'organes, de tissus et fonctions. « Il ne peut être évalué de la même manière que le corps des animaux, (...) il est partie constitutive de la personne qui se manifeste et s'exprime à travers lui. »
Le corps n'est pas un chose ; la personne est dans son corps. Ce corps est le premier lieu de liberté de la personne. Pensons aux prisonniers, aux persécutés, aux personnes abusées. Toucher à leur corps, c'est toucher à leur personne.
Il ne s'agit pas de séparer le corps de l'esprit, en disant, je peux faire ce que je veux avec mon corps, telles les féministes radicales. Contrairement à cette idéologie du gender, ce corps n'est pas une donnée biologique insignifiante; il est «une composante fondamentale de la personnalité, une de ses façons d'exister, de se manifester, de communiquer avec les autres, de ressentir, d'exprimer et de vivre l'amour humain» .
Benoît XVI a dit récemment : « il ne s'agit aucunement de vouloir s'émanciper de son propre corps, de le limiter à la seule sphère biologique. Cela amènerait l'homme à sa propre destruction. »
Cela change tout d'envisager la personne avec ce regard où le corps et l'âme sont indissociables, et ce corps qui est le mien doit pouvoir dire qui je suis, et ce que je suis au plus profond de moi-même, sans jamais pouvoir tout à fait se dire. Or, la philosophie est pauvre pour nous faire découvrir ce mystère du corps, c'est pourquoi pour certains, la théologie, par la Révélation peut aider à comprendre la beauté du mystère de la création de la personne, de l'homme et de son aide, la femme. Le corps fait signe du sacré en lui, parce qu'il en dit le mystère, qui renvoie au-delà de lui.
Cette dimension invisible relève d'un mystère infini et nous appelle à une destinée d'amour.
Oui, nous pouvons connaître et aimer. Nous entrons en relation avec nos semblables et pouvons identifier en nous ce qui est instincts et pulsions, et décider de les contrôler. Nous sommes un composé, une unité de visible et d'invisible.
On le sait aujourd'hui, le statut du corps tout comme le statut de l'embryon, est au centre des débats bioéthiques, tels ceux sur l'avortement, l'euthanasie, le don d'organes, le moment de la mort, mais aussi la sexualité pour n'en nommer que quelques-uns. Statuer sur le sort que l'on peut techniquement ou médicalement réserver au corps représente un enjeu éthique et anthropologique fondamental, puisque ce qui est en cause, c'est le sens même de la personne humaine, le sens même de la vie. Culture of life.
La personne unifiée corps et esprit, n'a pas sa fin en elle-même, ni en son esprit, ni en son corps. Elle est habitée d'une soif qu'elle ne peut assouvir par elle-même, nous orientant vers ce qu'il y a de plus essentiel en nous. Ce qui nous amène à notre deuxième point
II : ma vie ? L'amour comme vocation de la personne dans sa capacité à se donner Un micro-trottoir vous dira que chacun vit avant tout et d'abord pour l'amour. Il y a un désir d'amour vrai en tout être humain. Et cela quelles que soient ses convictions philosophiques ou religieuses.
Ce n'est pas sur le plan intellectuel ni physique que ce désir d'amour infini peut être comblé.
C'est dans le DON TOTAL de nous-même tout entier. Aimer une personne signifie d'abord se donner à elle.
Jean-Paul II a exprimé cela clairement en développant ses catéchèses du mercredi et ce qu'on appelle aujourd'hui la théologie du corps. C'est parce que l'homme et la femme se perçoivent différents spirituellement, affectivement, psychologiquement, physiquement, sexuellement, tout en étant l'un et l'autre des personnes, qu'il peut y avoir complémentarité et de là, totale communion.
Pourquoi l'homme et la femme ont-ils des corps différents ?
N'est-ce pas pour souligner cet appel indéfectible à la communion des corps, révélant la communion des personnes ? N'est-il pas bon de s'extasier sur la vocation conjugale du corps des époux ? Conjugal voudrait-il dire invitation à conjuguer nos différences ?
Cela voudrait-il dire que la différence sexuelle est constitutive de la personne et la définit de manière ESSENTIELLE, dans son essence ? Oui, nous sommes homme ou nous sommes femme, dans TOUTES les dimensions de notre être, de notre personne.
Et donc, aux hommes et aux femmes, il nous revient d'abord redécouvrir notre grâce propre et notre vocation à la complémentarité. A nous les femmes d'occuper notre juste place, et d'être attentive aux pièges et à la mode du féminisme radical ! Nous n'avons pas à être des hommes clonés ou génétiquement modifiés.
Unicité, complémentarité de l'homme et de la femme et réciprocité des époux dans le don total d'eux-mêmes.
Appelés à l'amour et à la communion, l'homme et la femme perçoivent la richesse de leurs différences, qui les ouvrent vers l'autre au lieu de les enfermer sur eux-mêmes dans un nombrilisme morbide. Reconnaissant leurs différences ontologiques, ils peuvent alors se reconnaître complémentaires et oser orienter leur communion par le don à 100%.
Oui, l'amour comme don de soi est le fondement du lien sacré du mariage. C'est en se donnant que les personnes peuvent atteindre la pleine réalisation de ce qu'elles sont en tant que personnes, corps et esprit. On donne peu à peu, on apprend petit à petit le langage de l'amour, et le don est toujours à faire car nous sommes toujours et à jamais, des débutants en amour.
Si la sexualité est le langage du corps pour exprimer l'amour comme le don réciproque de deux personnes dans le mariage, alors elle ne peut être un acte par hasard, en passant, soumis à un instinct et à des pulsions. Et dans cette perspective, nous pouvons affirmer avec joie que l'acte sexuel entre époux se doit d'avoir deux dimensions essentielles et indissociables, à 100% : l'acte sexuel est unitif ET procréatif.
Cette communion des corps de deux personnes, qui déborde en un « sur-don », l'enfant, est la véritable réalité de l'amour. Vivant ce don de leur corps dans le mariage, leur enfant est ainsi la preuve vivante en leurs chairs unifiées de la réalité-même de leur amour. Tel est le « berceau anthropologique » auquel tout enfant a droit. L'amour est fécond, il est réel, il s'incarne dans une nouvelle vie née de la communion par la chair de deux personnes.
Expliqué de cette façon, et contemplant la beauté et le mystère de l'enfant-embryonnaire, craint-on encore de dire que les époux sont appelés à faire de l'acte sexuel un acte de communion, unitif et procréatif ?
Vous percevez ici combien il est important de se poser la question en couple, tout au long de nos années de mariage : Comment vivons-nous notre sexualité ? Comment parlons-nous avec notre corps ?
Et même avant l'engagement du mariage, que dit notre corps ? Est-ce toujours orienté vers langage de l'amour ? Galvaudons-nous ce corps, le donnons-nous en pâture aux regards et aux gestes de monsieur tout le monde ? On pense ici à l'habillement à la pudeur ? Mes vêtements me disent-ils femme ?
Comment appréhendons-nous ce qui obscurcit la beauté de la sexualité : est-ce que j'utilise l'autre pour mon propre plaisir ? Est-ce que je me soumets à son désir, parce qu'il faut bien passer par-là ? Y a-t-il en notre couple des virus tel celui de la pornographie ou de l'infidélité, ne fusse qu'en pensée?
Aimer avec son corps et en son corps selon notre vocation à l'amour et à la communion dans le don réciproque et total est une aventure qui dure toute la vie, qui évolue selon les âges de la vie, et c'est cela qui est passionnant.
La communion suppose l'intégralité du langage des corps, langage total et vrai. Si j'enlève un petit peu au tout, l'acte n'est plus complet, je ne peux atteindre la vérité plénière de la personne. Je me donne à toi à 100%, cela veut dire gamètes comprises et sans barrière ni techniques ni chimiques. La vérité du don est à ce prix !
Si ce n'est pas le cas, si je recours à des moyens contraceptifs, il peut y avoir une union corporelle mais pas une communion de personnes.
Et comme je l'ai déjà souligné, ceci est un chemin. Ne nous culpabilisons pas si nous sommes en couple, en route sur ce chemin. L'important est de marcher, de se laisser interpeller et peut être de se laisser déranger dans ses habitudes. Mais au moins savoir où est le but, vers où allons-nous ?
Si nous adhérons à cette façon de voir le corps, alors nous comprenons mieux comment souvent les techniques médicales qui interfèrent dans le don des corps dans un acte unitif, peuvent blesser la relation entre les conjoints. Cela nous amène à évoquer les moyens contraceptifs et les techniques de procréation médicalement assistée (PMA)
lII. Enjeux pour ma sexualité ? L'amour blessé: la contraception et les PMALe fondement de l'amour, c'est de ne jamais user de l'autre, (et comprenons que le premier « autre » est soi-même), ne jamais l'instrumentaliser car en l'instrumentalisant, je le chosifie, je porte atteinte à son statut de personne, je le ravale au rang de moyen et d'objet. Aimer, ce n'est pas utiliser.
Le courant de pensée personnaliste s'oppose ici au courant utilitariste.
Et par exemple : comment cet utilitarisme pourrait-il abîmer la relation de couple ?
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Hédonisme il se peut que pour certains couples, la relation sexuelle soit orientée uniquement vers le plaisir. Ton corps me permet de jouir, et tu peux prendre mon corps pour avoir aussi du plaisir. En recherchant avant tout le plaisir, fut-il partagé, on instrumentalise le corps. Le gender va jusqu'à l'extrême en faisant de la recherche du plaisir le moteur de toute relation sexuelle, autorisant au nom de ce maximum de plaisir, le dieu plaisir, les déviances les plus extrêmes. C'est tout différent un couple qui voulant se manifester par des gestes et par leur corps leur amour et communion, puisse par là, goûter le plaisir sexuel. Ils s'unissent pour se manifester leur amour, et non d'abord pour éprouver du plaisir.
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ProcréatismeOn assiste aujourd'hui aussi à un autre biais de l'utilitarisme dans un couple: le procréatisme : l'acte sexuel est alors utilisé uniquement pour procréer. Et lorsque le fruit de leur union se fait attendre ou en cas de problème d'infécondité, on en arrive à voir certains couples, sous la pression médicale et les performances scientifiques, utiliser leur corps, leur gamètes, et se laisser utiliser pour permettre aux techniciens médicaux de leur « produire » un enfant. Je me sers de ton corps, de tes gamètes pour donner aux techniciens médicaux le matériel pour me, nous, faire un enfant. (PMA). Et même si c'est au nom de l'amour, et pour l'amour, cela doit nous interpeller quant aux moyens mis en ½uvre. Dans les techniques de PMA, on assiste à l'effacement du couple au moment de l'étincelle de vie. L'instrumentalisation de l'usager, du patient a désacralisé l'acte sexuel. L'homme se trouve déstabilisé avec un sentiment d'une intimité dépouillée et exposée. D'un côté l'érotique fait intrusion dans l'univers hospitalier avec la production de sperme sur commande, et de l'autre, le bio-médical fait intrusion dans l'intimité sexuelle.
Le témoignage d'une épouse ? «Depuis longtemps je n'ai plus le sentiment de faire un bébé avec mon mari. L'homme dans la FIV est réduit à l'état de sperme. Il donne ses spermatozoïdes. Un point c'est tout...A tel point que j'ai parfois l'impression étrange et désagréable de fabriquer un bébé avec le médecin plutôt qu'avec mon mari. »
Voyez comment le corps peut être instrumentalisé pour deux fins différentes. D'un côté le plaisir pour le plaisir, de l'autre à des fins de procréation.
Nous aimons rappeler que par leur corps, les époux ne forment qu'une seule chair. Ce qui fait leur personne, se dit par leur corps dans cette union, le don qu'ils se font l'un à l'autre : « Je me donne à toi » « Je te reçois » Ce sont les paroles de leur sacrement de mariage.
C'est tout à fait différent que de dire : prends mon corps, je prends le tien. Ou même, servons-nous de nos gamètes pour produire un enfant.
Cette façon d'exprimer les choses est des plus crue et révoltante, et pourtant ce sont presque les termes utilisés dans la loi sur la PMA en Belgique, où l'embryon est considéré comme un bien marchand au même titre qu'un kilo de petits pois.
Dans le milieu asceptisé de l'hôpital, le sacré n'a pas sa place. Le mystère de la conception de l'embryon dans l'échange d'un corps à corps, est absent. L'acte est technique, fut-il entouré de tendresse.
Dans l'acte sexuel, c'est au contraire toute ma personne qui, dans cette union unique s'offre à l'autre. C'est la signification première de l'acte sexuel. Je me donne à toi, avec tout ce qui fait ma vie, ce que je suis, pour toujours, sans limite, ni contraceptives, ni affectives.
Et nous savons tous que c'est un chemin, que les jeunes mariés et les moins jeunes ont à se découvrir dans ce don réciproque. Cela prend du temps. Et qu'il y a aussi pour certains couples énormément de souffrance pour ces époux qui sont inexplicablement privés d'un enfant, fruit de leur amour.
Et c'est ici que l'on peut percevoir la dimension plénière qu'est le don. Un don à découvrir et qui est parfois renoncement douloureux, surtout dans le cas l'enfant se fait attendre.
Et de là, nulle question du droit à l'enfant. L'enfant, est un don et non un dû.
Or, nous savons que l'homme et la femme ont du mal à recevoir. Nous préférons prendre, maîtriser pour ne pas manquer. Maîtriser l'objet de notre désir, ici l'enfant.
Maîtriser la conception et aussi le moment de la conception.
Maîtriser les « spécifications » génétiques de l'enfant, jusqu'à faire tout pour avoir un enfant comme je veux.
N'est-il pas ainsi évident que les techniques de PMA , tout comme la mentalité contraceptive, ont un impact sur notre culture: elles modifient fondamentalement notre vision de l'enfant, du corps, de l'amour, de la famille, du don.
Il faut oser aller au-delà des solutions techniques pour se questionner quant à l'impact anthropologique des solutions apportées par ces mêmes techniques. Ne convient-il pas de s'interroger aussi sur la main mise que nous aurions tendance à poser sur la vie, de son tout début?
Combien de temps faudra-t-il encore pour que nous comprenions que les exigences qui découlent de la foi chrétienne et de l'anthropologie personnaliste ne sont pas réductibles à une somme d'interdits et de négations ? Au contraire, elles sont tout entières orientées vers la réalisation de la plus positive des finalités : la vie. On ne planifie pas la vie. On ne manipule pas la vie. On ne fait pas d'expérience sur la vie. La vie transcende toutes les législations. Elle transcende toutes les organisations sociales. Elle est le critère de toute éthique. S'en prendre à la vie, c'est s'en prendre à Dieu !
IV. Maîtriser ou lâcher prise ?Mon choix ?
On ne peut être tout à fait en amour, en vérité en communion que si l'on est 100% libre.
De là, l'invitation murmurée à chacun : Qu'est-ce que la liberté ?
S'il y a une chose dont nous devons être convaincus, c'est que la liberté est plus que le simple fait de pouvoir choisir selon notre désir, nos pulsions ou même notre intelligence.
Certes nous faisons des choix, et il est important que nous les fassions bien. Ce dont il s'agit, c'est aussi d'un consentement à lâcher prise sur notre vie. A travers nos choix, nous pouvons maîtriser les choses, et à l'excès, cette maîtrise des choix, loin d'être révélatrice de la liberté, serait plutôt l'indice d'un esclavage déguisé. Nous pouvons devenir des esclaves de la volonté de vouloir tout maîtriser.
Ce n'est plus alors la liberté, mais l'illusion. En privilégiant le choix individuel – ce que « je veux faire » avec mon corps et avec ma vie – je peux en arriver à étouffer ma liberté. Au contraire, la liberté vise au « lâcher prise ». Dans l'amour, il s'agit de se livrer dans le don à l'autre, sans savoir où cela nous amène, de manière à atteindre notre vraie humanité. Et cette maturité dans la démaîtrise et le don à l'autre, engendre la vraie liberté.
Dans un amour qui se construit, la liberté trouve son expression et son sens le plus complet quand nous faisons don de nous même à l'autre.
Pas un don à 10%, ni à 50% . Mais un don à 100% !
Conclusion :Le corps dit la personne - Personne faite pour l'amour - Le corps exprime cet amour par la sexualité - Aimer pour se donner est note vocation, corps et âme.
Une valeur universellement reconnue et désirée qui met tout le monde d'accord, quelles que soient les convictions : je veux aimer et être aimé ! L'amour. Le tout est de voir si tous les chemins mènent au vrai amour. Et il est bon de réfléchir sur le cadre « idéal » dans lequel une telle exigence universelle peut vraiment se construire. Cadre idéal, car construire l'amour, est un chemin qui prend toute une vie, bien des erreurs et des souffrances parfois. On parle beaucoup de donner des repères. Oui, il est bon et prudent de voir dans quel cadre nous vivons aujourd'hui. Quels courants d'idées ? Quel héritage du passé ? Quels enjeux et bombes à retardement convient-il de désamorcer ?
Nous avons abordé l'impact sur notre culture et nos vies du féminisme radical et du gender, de l'utilitarisme. Lors de cette université d'été, nous avons beaucoup parlé de la famille, comme socle stable et valeur sûre de la société, de l'humanité. Quelle famille voulons-nous?
La famille basée sur l'engagement durable de l'amour d'un homme et d'une femme, qui aiment en se donnant corps et âme, en tant que personne. Le corps et l'esprit ne font qu'un. Aucun dualisme n'est possible. Ce corps est le langage de la personne, qui par sa sexualité exprime son désir de communier et de se donner totalement à l'autre pour le faire grandir.
Mon corps doit apprendre à parler à s'exprimer et à décrypter dans cette relation qui se construit peu à peu, et cela est essentiel que cela prenne du temps (on livre un bout du mystère que l'on est, et on entreprend peu à peu de décrypter le mystère qu'est l'autre). Tout comme un enfant doit apprendre à parler, notre corps par la sexualité doit apprendre à dire l'amour.
A vouloir aller trop vite, on risque de rater l'essentiel, d'abîmer l'autre en son mystère.
A s'essayer avec différents partenaires, la personne se blesse en son être ; elle laisse des petits bouts d'elle-même au fil des rencontres, elle n'est plus une.
Hommes et femmes nous avons à nous émerveiller sur nos différences ontologiques. Elles nous permettent d'être complémentaires l'un à l'autre, et dans la communion de nos personnes corps et esprit, oser nous donner totalement à 100% dans le « lâcher prise » De cet acte d'amour où les corps s'unissent, le don est total, et ainsi, peut-il se révéler et s'incarner dans le « sur-don » qu'est l'enfant, fruit de leur communion.
Quoi de plus merveilleux pour nous les femmes, lorsque le Saint Père nous interpelle et nous rappelle notre vocation de femme.
Avant de terminer par une dernière citation, je voudrai vous confier, que cette réflexion qui a été la mienne ci-dessus a été forgée d'année en année, de rencontres en rencontres, avec certaines personnes bien spécifiques : ces personnes sont certains prêtres et professeurs qui par leur recherche de la vérité, leur célibat consacré, leur vie donnée et le ministère qui est le leur dans les sacrements, rendent possible pour une épouse de marcher, de tomber, de se relever, guidée par la « Splendeur de la Vérité »
JPII aimait parler aux femmes ; il avait compris le rôle unique qu'elles ont. Et toute la théologie du corps est un antidote au poison du féminisme radical. Il leur a même réservé une de ses dernières paroles, comme un testament, en disant à Lourdes, le dimanche 15 août 2004 :
Femmes vous êtes « témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu'avec les yeux du coeur. A vous, les femmes, il revient d'être sentinelles de l'Invisible ! »
Mesdemoiselles, mesdames, c'est ce que je nous souhaite pour la culture de la vie.